Énergie

Une entreprise met en service une centrale gravitaire: des blocs de 24 tonnes levés et abaissés pour stocker l’énergie

Une entreprise met en service une centrale gravitaire: des blocs de 24 tonnes levés et abaissés pour stocker l’énergie

Pourquoi miser sur la gravité pour stocker l’énergie

L’idée de transformer la gravité en réservoir d’énergie revient en force: utiliser de lourdes charges qu’on élève quand l’électricité renouvelable est abondante, puis qu’on abaisse pour la récupérer quand la demande grimpe. Ce principe, d’apparence très simple, vise un objectif ambitieux: rendre le réseau électrique plus résilient, plus durable, et réduire le coût du stockage par rapport aux batteries classiques.

Le principe en deux mots

  • En période de surproduction solaire ou éolienne, des grues élèvent des blocs massifs, ce qui stocke de l’énergie potentielle.
  • Lorsque l’offre baisse ou que la consommation monte, on abaisse ces blocs: leur descente entraîne des mécanismes qui génèrent de l’électricité.
  • L’ensemble fonctionne comme une batterie géante, mais sans chimie complexe: la gravité fait le travail.

Où et à quelle échelle cela s’installe

L’entreprise suisse Energy Vault déploie aujourd’hui la méthode à grande échelle avec deux sites pilotes de taille industrielle:

  • Aux États-Unis, au Texas, une installation pensée pour fournir environ 36 MWh de capacité à un fournisseur d’électricité local.
  • En Chine, au nord de Shanghai, une structure d’environ 122 mètres de haut (environ 400 pieds) visant 100 MWh de stockage, de quoi alimenter près de 3 400 foyers pendant une journée complète.
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Avant ces projets, la société avait déjà validé un pilote près de son siège en Suisse, capable de 5 MW de puissance, une étape clé pour passer à l’industrialisation.

De quoi sont faits les blocs et comment on les manipule

Le cœur du système, ce sont des briques d’environ 24 tonnes chacune. Leur composition est pensée pour être robuste et peu coûteuse: environ 99 % de terre compactée, liée avec eau et polymère.
Dans la grande structure rectangulaire, un système de chariots déplace ces briques vers un ascenseur qui les monte ou les descend. Ce choix d’ingénierie permet d’optimiser la cadence, d’automatiser les mouvements et de réduire les pertes opérationnelles.

Performances annoncées

  • Une brique descendue à environ 1,8 mètre par seconde (environ 6 pieds/s) permettrait de délivrer jusqu’à 1 MW de puissance instantanée, selon l’entreprise.
  • Le rendement global visé est d’au moins 80 %, ce qui place la technologie au niveau des meilleurs systèmes de stockage par gravité et proche des solutions hydrauliques classiques.

Pourquoi c’est prometteur pour le réseau

  • Comparé à des batteries lithium-ion, ce stockage gravitaire pourrait s’avérer moins coûteux pour des durées plus longues, tout en limitant les dépendances aux matières premières critiques.
  • Avec une capacité mobilisable à la demande, les opérateurs peuvent lisser la production éolienne et solaire, mieux passer les pointes, et diminuer l’usage du gaz, du charbon et du pétrole.
  • À terme, ce type de solution aide à intégrer davantage de renouvelables sans compromis sur la stabilité du réseau.

Et après ?

Les deux sites de Texas et de Chine doivent valider la fiabilité, le coût réel en exploitation et la scalabilité. S’ils confirment les attentes, ils ouvriront la voie à des déploiements plus larges près des parcs solaires et éoliens, des nœuds de transport d’électricité, ou des zones industrielles en quête d’autonomie énergétique.

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FAQ

Quelle durée de vie vise-t-on pour ce type d’installation ?

Les éléments mécaniques (câbles, treuils, moteurs) sont conçus pour un grand nombre de cycles et se remplacent facilement. Les briques, faites de matériaux inertes, ont une longévité élevée. L’ensemble se rapproche de la maintenance d’un équipement industriel classique, avec des inspections régulières et des révisions planifiées.

Peut-on l’installer en milieu urbain ou en terrain plat ?

Oui. Contrairement au pompage-turbinage qui exige des réservoirs en altitude, ce système peut s’implanter sur des terrains plats, friches ou zones industrielles, à condition de disposer d’une connexion réseau suffisante et d’un bâtiment adapté.

En quoi cela diffère d’un barrage de pompage-turbinage ?

Les deux misent sur la gravité, mais ici l’eau est remplacée par des masses solides. Avantages: modularité, moindre dépendance à la ressource en eau, implantation plus flexible. Inconvénient potentiel: une densité énergétique spatiale parfois moindre qu’un grand aménagement hydraulique.

Quid de l’impact environnemental et du bruit ?

Pas de combustion, peu d’émissions, matériaux majoritairement terrestres. Le bruit ressemble à celui d’une grande installation mécanique; loger les opérations en intérieur limite les nuisances. Les poussières sont maîtrisées par la compaction et les liants.

Est-ce compétitif par rapport aux batteries lithium-ion ?

L’objectif est d’être très compétitif sur le stockage de plusieurs heures à longue durée, avec des coûts stables car moins exposés aux prix des métaux. Les chiffres précis dépendront des sites, des contrats et des performances réelles une fois les installations mises en service.