Énergie

Une nouvelle méthode extrait de l’hydroxyde de lithium de qualité batterie à partir de batteries en fin de vie

Une nouvelle méthode extrait de l’hydroxyde de lithium de qualité batterie à partir de batteries en fin de vie

Pourquoi repenser le recyclage du lithium ?

La montée en puissance des véhicules électriques fait exploser le volume de batteries en fin de vie. Or le lithium est coûteux à extraire, long à purifier et compliqué à récupérer sans polluer. Les procédés dominants s’appuient sur de fortes températures ou des acides corrosifs. Ils donnent le plus souvent du carbonate de lithium, qui doit ensuite être converti en hydroxyde de lithium pour être réutilisé dans de nouvelles cathodes. Résultat : des étapes multiples, des pertes de matière et une facture énergétique élevée.

Une idée directe et efficace

Des ingénieurs de l’Université Rice sont partis d’une question simple : si la charge d’une batterie fait sortir les ions lithium de la cathode, pourquoi ne pas exploiter exactement cette réaction pour recycler ? En réappliquant ce principe hors de la batterie, leur méthode contourne la pyrométallurgie, les bains acides et les chaînes de raffinage complexes, tout en produisant d’emblée l’hydroxyde de lithium souhaité par l’industrie.

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Ce qui se passe dans le réacteur

Le cœur du procédé

  • Le matériau de cathode usagé (la black mass) est introduit dans un réacteur électrochimique compact, de type zéro‑gap avec membrane échangeuse de cations.
  • Sous courant, les Li+ quittent le déchet cathodique, traversent la membrane et entrent dans un filet d’eau en circulation.
  • À l’électrode opposée, l’eau se scinde et génère des ions hydroxyde (OH−).
  • Li+ et OH− se rencontrent immédiatement dans l’eau pour former de l’hydroxyde de lithium de haute pureté.
  • Aucun ajout d’acides, pas de smeltage : uniquement de l’électricité, de l’eau et la black mass.

Bilan énergétique et gains environnementaux

Le démonstrateur fonctionne uniquement à l’électricité. Selon le mode opératoire, la consommation a été mesurée entre 103 et 536 kJ par kilogramme de déchet, avec un plancher à 103 kJ/kg, soit environ un ordre de grandeur en dessous des filières classiques d’attaque acide (hors étapes post‑traitement). Alimenté par une électricité bas‑carbone, ce schéma réduit potentiellement les émissions et les effluents.

Des résultats déjà endurants

L’équipe a dépassé l’échelle du bécher :

  • Un dispositif de 20 cm² a tourné pendant 1 000 heures sans rupture.
  • Il a traité 57 g de black mass industrielle (provenant de TotalEnergies).
  • L’hydroxyde de lithium obtenu dépasse 99 % de pureté.
  • La récupération du lithium s’est maintenue à près de 90 %.
  • La production directe d’un sel prêt à l’emploi raccourcit la boucle de retour vers de nouvelles batteries et simplifie la chaîne d’approvisionnement.

Compatible avec de nombreuses chimies

La méthode s’adapte à plusieurs compositions de cathodes : LFP (lithium fer phosphate), LMO (oxyde de manganèse) et différentes familles NMC (nickel‑manganèse‑cobalt). Elle a aussi démontré un mode roll‑to‑roll sur des électrodes LFP entières, directement depuis le feuille d’aluminium, sans grattage ni prétraitement. De quoi s’imbriquer dans des lignes de démontage automatisées où l’on alimente le réacteur en continu et où l’on récupère un LiOH qualité batterie.

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Ce qu’il reste à optimiser

Pour passer à grande échelle, l’équipe vise :

  • des stacks de plus grande surface,
  • une charge de black mass plus élevée,
  • des membranes plus sélectives et hydrophobes pour mieux trier les espèces ioniques.

Autre point clé : après l’extraction, la concentration et la cristallisation du LiOH conditionnent encore une partie des dépenses d’énergie et des impacts. En améliorant ce post‑traitement, l’empreinte globale pourrait être encore réduite.

Référence scientifique

Les résultats sont détaillés dans la revue Joule.

FAQ

En quoi l’hydroxyde de lithium est-il préférable au carbonate pour les fabricants ?

L’hydroxyde de lithium est directement utilisé pour formuler des cathodes riches en nickel et dans de nombreuses recettes modernes. Partir de LiOH évite une étape de conversion coûteuse depuis le carbonate, avec moins de pertes et un contrôle plus direct des impuretés.

Que devient le reste de la black mass (Ni, Mn, Co, Fe, graphite, alu) ?

Le procédé présenté cible d’abord le lithium. Les autres métaux et le graphite peuvent être récupérés par des étapes complémentaires (séparations hydrométallurgiques douces, tri physique, ou cellules dédiées). L’intérêt est de retirer d’abord le lithium sans contaminer le flux, ce qui facilite la suite.

Ce procédé est-il compatible avec de l’électricité renouvelable intermittente ?

Oui. Le réacteur électrochimique est modulable : on peut ajuster l’intensité ou fonctionner par lots selon la disponibilité solaire/éolienne, afin de minimiser le coût et l’empreinte carbone de l’opération.

Quelles sont les exigences de qualité pour un LiOH “grade batterie” ?

Les fabricants visent une pureté >99 % et surtout des impuretés contrôlées à de très faibles niveaux (traces métalliques, eau, carbone). La méthode décrite s’aligne avec ces objectifs tout en nécessitant un post‑traitement (concentration/cristallisation) bien maîtrisé.

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Quand peut-on envisager un passage à l’échelle industrielle ?

Les étapes suivantes portent sur la mise à l’échelle des modules, l’augmentation des débits et la robustesse des membranes. Avec des partenariats industriels et des lignes pilotes, une intégration progressive dans les centres de recyclage pourrait intervenir à moyen terme, en particulier là où l’accès à une électricité bas‑carbone est assuré.