Au sud de l’ancienne Nya Lödöse, sous des remblais et d’anciennes usines, des fouilles récentes ont redonné forme à une portion oubliée de la ville. Après près de 400 ans d’ensevelissement, ce secteur révèle comment la cité était pensée, protégée et traversée par ses habitants.
Une découverte qui recompose la carte de la ville
Entre 2022 et 2023, l’équipe d’Arkeologerna a ouvert une vaste fenêtre sur le bord méridional de Nya Lödöse, un noyau urbain actif de 1473 à 1624 à l’est de l’actuelle Göteborg. L’enquête a mis au jour un morceau entier de l’ancienne trame urbaine, éclairant à la fois l’organisation des rues, les infrastructures et les systèmes de défense.
Ce que les archéologues ont mis au jour
- La porte méridionale de la ville, magnifiquement construite, pavée de pierre et ancrée sur de profondes fondations.
- Le terminus de l’artère principale, qui aboutissait directement à cette entrée.
- Un poste de péage voisin, clé du contrôle des flux et de la perception des taxes.
- Des couches stratifiées permettant de reconstituer les phases de construction et de réfection.
Ces éléments, étudiés sous la direction de Maria Paring et Mattia Öbrink, offrent une coupe nette de la ville au moment où elle se repliait, se renforçait puis renaissait.
Le cadre: une ville ancêtre de Göteborg
Nya Lödöse, précurseur de la Göteborg moderne, s’impose dès la fin du XVe siècle comme un point d’échange régional et international. Les recherches menées auparavant au nord avaient confirmé ce dynamisme commercial. Le secteur sud, lui, présente un visage différent: plus aéré, ponctué de jardins et de petites parcelles agricoles. Cette zone, moins dense, servait à la fois de réserve vivrière et de potentiel réservoir foncier pour des expansions… qui ne verront jamais le jour.
Une périphérie à la fois urbaine et rurale
Autour de la porte, les traces d’habitats modestes, de potagers et de champs rappellent que la ville, même active, gardait une forte attache à l’agriculture. Ce mélange de fonctions dessine un faubourg semi-rural, complémentaire du cœur marchand.
Défendre et contrôler: remparts, fossé et porte
Les analyses montrent qu’autour de 1530 furent érigés un rempart de terre et un fossé ceinturant l’extrémité de la grande rue. La porte pavée, techniquement avancée pour l’époque, apparaît comme un ouvrage à plusieurs vies: des reprises, des consolidations et des réaménagements successifs indiquent des réponses rapides aux tensions du moment. La proximité d’un bâtiment de péage précise le fonctionnement du contrôle à l’entrée: on filtre, on taxe, on comptabilise; la ville protège son marché.
Décrypter la construction
En fouillant par couches, les archéologues ont distingué les différentes étapes: fosses de fondation profondes, calages de bois et de pierre, réfections alignées sur les périodes de crise puis de reprise. Cette lecture fine restitue la politique urbaine à l’œuvre: sécuriser, canaliser, maintenir la circulation.
Des objets qui racontent le quotidien
Les céramiques, monnaies, verres et outils mis au jour composent un tableau tangible des pratiques ordinaires: cuisine, table, artisanat, échanges. Ces biens, importés et locaux, confirment l’ouverture commerciale de la ville tout en détaillant ses usages domestiques. Ensemble, ils relient le « grand » commerce aux gestes de tous les jours.
Une société plus nuancée qu’on ne le croit
Des indices laissent penser que les femmes détenaient parfois une marge d’initiative plus large qu’ailleurs dans la région, signe d’un milieu urbain où le travail et la propriété pouvaient offrir des voies d’autonomie relative.
Une ville en mouvement perpétuel
L’histoire du site est faite de ruptures et de retours:
- Vers 1547, une première abandon. Les habitants partent vers la nouvelle ville d’Älvsborg.
- Quelques années plus tard, Nya Lödöse est réactivée: on répare les défenses, on borde la rue principale de maisons neuves, on remet la porte au standard de l’époque.
- Au début du XVIIe siècle, nouveau tournant: la population finit par se déplacer vers Göteborg, en plein essor, et l’ancien noyau est déserté en 1624.
Enterrée sous des sols industriels, la ville a dormi jusqu’à ce que la fouille en restitue les lignes: une place forte du commerce et de l’artisanat, capable d’adaptation mais emportée par les recompositions régionales.
Pourquoi cette fouille compte aujourd’hui
L’étude offre une vue globale d’une ville du XVIe siècle, rare par sa lisibilité: plan, défenses, accès, activités et vies ordinaires s’y répondent. Elle confirme des sources écrites et comble des zones d’ombre, notamment sur la manière dont une petite capitale commerciale s’organise à son seuil, là où se croisent sécurité, fiscalité et mobilité. Au-delà du cas de Nya Lödöse, c’est un jalon essentiel pour comprendre la formation urbaine en Suède.
FAQ
Peut-on visiter le site ou voir les trouvailles ?
En général, les fouilles de ce type sont rebouchées pour protéger les vestiges. Les objets sont habituellement conservés et étudiés, puis présentés en musée lors d’expositions temporaires ou permanentes. Renseignez-vous auprès des institutions locales de Göteborg pour les futures présentations.
Comment les archéologues ont-ils daté les structures ?
Ils combinent la stratigraphie (ordre des couches), la typologie des céramiques et monnaies, et, quand c’est possible, des méthodes comme la datation radiocarbone ou la dendrochronologie pour le bois.
Pourquoi la ville a-t-elle été déplacée à plusieurs reprises ?
Les déplacements répondent souvent à un faisceau de facteurs: sécurité militaire, contrôle des routes commerciales, accès à un port mieux protégé, et décisions politiques visant à optimiser les échanges.
Que devient un poste de péage mis au jour par les fouilles ?
Au-delà de l’édifice lui-même, on recherche des indices matériels (scellés, poids, jetons, registres quand ils survivent) qui permettent de comprendre comment étaient perçues les taxes, à quelles marchandises elles s’appliquaient et comment la ville finançait ses infrastructures.
Qu’apporte ce site aux études sur la vie quotidienne ?
Il fournit une palette d’indices sur l’alimentation, le logement, les métiers et la circulation des biens, permettant de relier les réseaux commerciaux internationaux aux pratiques locales et à l’organisation des quartiers.
