Énergie

Au cœur de Tchernobyl : un YouTuber s’aventure dans le sarcophage nucléaire

Au cœur du sarcophage nucléaire de Tchernobyl : l’audacieuse exploration d’un YouTubeur

Un regard rare au cœur de Tchernobyl

Avant que la guerre ne bouleverse l’Ukraine, le vidéaste Kyle Hill a pu, en octobre 2021, franchir les portes du gigantesque abri construit au-dessus du réacteur 4 de Tchernobyl. Sa visite offre une fenêtre exceptionnelle sur un lieu où s’entremêlent prouesse d’ingénierie, mémoire d’une catastrophe et menace toujours présente. Ce témoignage rappelle surtout ce que le pays risque de perdre à chaque nouvel épisode du conflit.

Une visite avant la guerre

Hill a été autorisé à entrer dans l’enceinte qui recouvre l’ancien sarcophage, un accès extrêmement limité et encadré par l’État. Son passage a capturé l’atmosphère d’un site où l’on ressent, à chaque pas, la présence de rayonnements dangereux, les bips oppressants des dosimètres et la stricte discipline de sécurité. Les images, tournées avant l’invasion à grande échelle, prennent aujourd’hui des allures d’archive.

Le « New Safe Confinement », un colosse d’acier

Dressée en 2016, l’arche du New Safe Confinement (NSC) couvre l’ancien sarcophage bâti à la hâte après l’explosion de 1986. L’édifice est si vaste qu’on pourrait y glisser des monuments emblématiques; sa taille reflète l’ampleur du défi. Sa mission: isoler durablement les restes du réacteur et créer un espace de travail suffisamment sûr pour préparer le démantèlement.

Une protection pensée pour durer

  • L’arche vise un horizon de 100 ans de confinement.
  • Elle abrite des grues téléopérées et des systèmes de filtration de l’air pour limiter la dispersion de poussières radioactives.
  • Elle stabilise l’environnement du site afin de permettre, sur le long terme, des opérations de démantèlement autrement impossibles.

Entrer, c’est accepter le protocole

Approcher un tel site n’a rien d’une promenade. L’accès implique des contrôles successifs, l’équipement de protections adéquates et une surveillance constante de la dose reçue. À l’intérieur du NSC, le bruit des détecteurs rappelle que la radioactivité ambiante reste nettement plus élevée que dans la majorité de la zone d’exclusion. En cas de dépassement des seuils fixés, la règle est simple: faire demi-tour immédiatement.

Démanteler Tchernobyl, morceau par morceau

Sous l’arche, les équipes s’attaquent au cœur du problème à l’aide d’outils lourds commandés à distance. L’objectif est limpide: réduire, pas à pas, ce qui peut l’être, jusqu’à ce que Tchernobyl ne constitue plus une menace. Le défi reste titanesque: des centaines de tonnes de combustible et de débris hautement radioactifs demeurent piégées dans les structures endommagées. Même dans les scénarios les plus optimistes, l’assainissement s’étire sur des décennies.

La guerre, un coup d’arrêt dangereux

Quand les forces russes ont pris le contrôle du site en 2022, les ingénieurs ukrainiens ont continué de faire tourner les systèmes sous contrainte, dans des conditions extrêmes. Après le retrait des troupes, des hausses locales de radioactivité ont été signalées, illustrant la fragilité de l’équilibre du site. Au-delà du traumatisme, ces épisodes ont retardé des travaux déjà complexes, tout en ravivant les inquiétudes sur la sécurité des installations nucléaires en temps de guerre.

Après Tchernobyl, Zaporijjia dans la ligne de mire

Si Tchernobyl reste un symbole, le plus grand danger opérationnel aujourd’hui se situe à Zaporijjia, la plus vaste centrale d’Europe. Son occupation militaire a transformé un centre de production d’énergie en point de tension majeur, avec des implications non seulement pour l’Ukraine, mais pour tout le continent.

Enjeux essentiels à retenir

  • Tchernobyl n’est pas « réglé »: le site est confiné, surveillé et en démantèlement progressif.
  • Le NSC n’est pas un simple couvercle; c’est un espace de travail sécurisé conçu pour permettre l’assainissement.
  • La guerre complique la gestion de tous les risques, du suivi radiologique à la protection des équipes.
  • La sécurité nucléaire en Ukraine concerne l’Europe entière.

FAQ

Qui a financé et construit l’arche du NSC ?

Le NSC a été financé par un fonds international piloté par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), avec des contributions de nombreux pays. La construction a été menée par le consortium Novarka (Vinci/Bouygues).

Le NSC peut-il être prolongé au-delà de 100 ans ?

La durée de 100 ans est un objectif de conception. Avec une maintenance rigoureuse, des remplacements de composants et des modernisations, sa durée utile pourrait être prolongée, si cela s’avère nécessaire pour le calendrier du démantèlement.

Que devient le combustible hautement radioactif retiré du réacteur ?

Les matériaux extraits sont destinés à des entreposages sécurisés et à des installations de gestion des déchets spécialement aménagées, où ils sont conditionnés et surveillés selon des normes internationales de sûreté.

Peut-on visiter la zone d’exclusion aujourd’hui ?

En temps normal, des visites encadrées de la zone (principalement en extérieur) existent. Toutefois, la situation sécuritaire liée à la guerre peut suspendre ou restreindre ces visites à tout moment, pour des raisons évidentes de sûreté.

Qu’est-ce qui distingue Zaporijjia de Tchernobyl en termes de risque ?

Zaporijjia est une centrale en exploitation (bien que fortement perturbée par la guerre), avec des réacteurs modernes et du combustible actif. Tchernobyl, lui, est un site d’assainissement d’un réacteur détruit. Les risques sont donc différents: opérationnels et de perte d’alimentation électrique à Zaporijjia, de confinement et de démantèlement à Tchernobyl.

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