Énergie

Sous les éoliennes de la mer du Nord, la Norvège régénère la vie marine

Sous les éoliennes de la mer du Nord, la Norvège régénère la vie marine

La Norvège transforme une partie de la mer du Nord en un espace sous-marin dynamique où se rencontrent énergies renouvelables et production alimentaire durable. Au cœur de cette mutation, le dispositif de co‑localisation OffWoff marie les parcs d’éolien en mer et des systèmes d’aquaculture de nouvelle génération. L’idée est simple et puissante : exploiter une même zone maritime pour plusieurs usages compatibles, réduire les coûts et limiter l’empreinte sur l’océan, tout en améliorant la résilience et la biodiversité.

Comment fonctionne la co‑localisation en pleine mer

Le parc flottant de Mareld n’est plus seulement une usine à vent. Entre ses plateformes prennent place des fermes aquacoles intégrées, organisées autour d’enclos posés sur le fond marin et raccordés aux structures existantes. Cette configuration a été pensée pour tirer parti de la profondeur et des courants plus réguliers du large, des conditions qui diminuent fortement l’exposition aux maladies et aux parasites rencontrés près des côtes.

Des cages sous‑marines, développées par Subfarm, créent une barrière physique face aux poux de mer et aux efflorescences algales. Le résultat est un environnement plus stable, mieux oxygéné et plus propice à l’élevage, avec moins de traitements préventifs et une croissance plus régulière des poissons.

Un espace sûr, mutualisé et mieux surveillé

Les zones éoliennes sont déjà interdites aux activités de pêche à proximité immédiate des turbines. Cette exclusion devient ici un atout : elle protège les élevages et limite les interactions indésirables. Les deux secteurs mutualisent par ailleurs des moyens essentiels — navires de service, équipes d’inspection, capteurs et opérations de maintenance — ce qui réduit les coûts et les émissions liées à la logistique.

La surveillance s’appuie sur un maillage de capteurs océaniques, de caméras subaquatiques et de relevés environnementaux partagés. Ces données servent autant aux exploitants éoliens qu’aux aquaculteurs, améliorant la sécurité, la planification des interventions et la performance de l’ensemble.

Jusqu’à 6 000 tonnes de poissons par système et par an

Chaque unité intégrée d’aquaculture vise une production annuelle d’environ 6 000 tonnes. Dans l’environnement protégé et bien oxygéné du large, des milliers de poissons atteignent la taille de marché dans de bonnes conditions. Répliqués à l’échelle du parc de Mareld, ces modules additionnent leurs volumes et structurent une filière capable de fournir des protéines marines à grande échelle tout en co‑produisant de l’électricité propre.

Emplois, filière locale et bénéfices écologiques

Au‑delà du poisson, chaque système est associé à la création de 30 emplois en mer (exploitation, opérations, sécurité) et 30 emplois à terre (transformation, conditionnement, logistique). Après la récolte, les lots partent vers des unités à terre pour être préparés et valorisés.

Le milieu profond du large favorise un fond marin plus sain. Les flux d’eau diluent efficacement les rejets organiques, la température est plus stable, et l’habitat disponible profite à la biodiversité locale. La conception des cages et la gestion des densités visent une aquaculture responsable, avec un suivi rigoureux de la qualité de l’eau.

Une alliance nordique en tête de la course

OffWoff réunit des acteurs clés comme Subfarm, l’Institut de recherche DHI, le Blue Maritime Cluster et Freja Offshore AB. Cette coalition s’appuie sur deux forces historiques du Nord de l’Europe : une expertise de pointe en éolien offshore et en aquaculture, et une solide culture de coopération transfrontalière. Ensemble, ils posent les bases d’un modèle exportable et crédible pour la gestion intégrée de l’espace marin.

Les conditions qui font la différence

  • Cartographie fine et planification spatiale pour éviter les conflits d’usage et optimiser les implantations.
  • Cadres réglementaires prévisibles afin de sécuriser l’investissement et d’accélérer les autorisations.
  • Partage des données entre secteurs pour un pilotage commun et réactif.
  • Apprentissage par pilotes pour enrichir les standards techniques et environnementaux.
  • Licences claires pour la co‑localisation, avec des critères de surveillance et de performance explicites.

Le programme a franchi une étape officielle le 17 juin 2024, marquant le lancement formel des travaux et de la coordination entre partenaires.

Un changement de paradigme pour la mer

En remplaçant la logique de concurrence des usages par une approche de complémentarité, OffWoff montre comment produire, sur une même zone, de l’énergie propre et des protéines durables. Dans un contexte de demande mondiale croissante, le cap fixé par la Norvège propose un modèle reproductible pour concilier sécurité alimentaire, transition énergétique et santé des écosystèmes marins.

FAQ

Quelles espèces de poissons sont adaptées à ces élevages au large ?

Les exploitants privilégient des espèces capables de bien performer en eaux plus profondes et plus fraîches, tolérantes aux courants et adaptées à des densités maîtrisées. Le choix tient compte de critères sanitaires, du bien‑être animal et des débouchés commerciaux.

Comment garantit‑on le bien‑être animal dans des cages sous‑marines ?

La densité d’élevage est strictement contrôlée, l’oxygénation est suivie en continu et les périodes d’alimentation s’ajustent aux conditions réelles. Des inspections régulières et des systèmes d’alerte préviennent le stress et les blessures.

Que se passe‑t‑il en cas de tempête ou de forte houle ?

Les structures sont dimensionnées pour résister aux conditions extrêmes du site. En cas d’épisode sévère, des protocoles de sauvegarde réduisent l’activité, renforcent l’ancrage opérationnel et priorisent la sécurité du personnel comme des animaux.

Comment est financée une installation de co‑localisation ?

Le montage combine en général investissements privés, dispositifs de financement vert et, selon les pays, des mécanismes publics de soutien à l’innovation. La mutualisation des moyens (navires, maintenance, données) améliore l’équation économique.

Ce modèle peut‑il s’appliquer à d’autres régions du monde ?

Oui, à condition d’adapter la conception aux caractéristiques locales (vents, vagues, réglementation, écosystèmes) et d’impliquer tôt les parties prenantes régionales pour un cadre d’acceptabilité solide.

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