La sonde spatiale Lucy de la NASA poursuit sa route, mais avec un compromis technique assumé. L’un de ses deux grands panneaux solaires refuse encore de s’ouvrir totalement. Après de multiples tentatives, l’agence a décidé d’interrompre, pour l’instant, les opérations de dépannage et de continuer la mission telle quelle.
Une voile solaire récalcitrante
Dès les premières heures en orbite, l’un des deux panneaux circulaires de Lucy — d’environ 7,3 mètres de diamètre — ne s’est pas verrouillé comme prévu. Les équipes ont tenté à plusieurs reprises de le faire progresser, y compris lors d’une campagne d’actions ciblées à l’automne. Résultat actuel: le panneau est déployé à un peu plus de 98 %.
Selon la NASA, ce niveau d’ouverture fournit une rigidité et une production d’énergie suffisantes pour la suite du voyage. Les ingénieurs estiment que poursuivre les manœuvres risquerait d’apporter peu de bénéfices supplémentaires, tout en consommant du temps, des ressources et en ajoutant du risque opérationnel. La consigne est donc claire: on met la séquence de déploiement en pause.
Pourquoi mettre fin aux essais maintenant ?
Le déploiement résiduel a montré une sensibilité à la température: plus la sonde est chaude, plus la mécanique du panneau semble coopérative. Or Lucy s’éloigne du Soleil — environ 123 millions de miles (près de 198 millions de km) à ce stade — et file à près de 20 000 miles/h (environ 32 000 km/h). En bref, l’environnement devient plus froid et moins propice à de nouveaux essais.
Dans ces conditions, insister pourrait s’avérer contre-productif. Mieux vaut conserver des marges (carburant, temps, cycles mécaniques) pour les étapes critiques de navigation et de science à venir.
Une odyssée de 12 ans vers les astéroïdes troyens
La destination de Lucy, ce sont les astéroïdes troyens de Jupiter: deux groupes d’objets qui partagent l’orbite de la géante gazeuse, l’un en avance et l’autre en retard sur sa trajectoire autour du Soleil. Ces corps, préservés depuis plus de 4 milliards d’années, pourraient contenir des indices sur la naissance et l’évolution du Système solaire.
Lucy vise une série de survols pour examiner leur composition, leurs surfaces et leurs origines. Chaque rencontre offrira des images, des spectres et des mesures thermiques permettant d’assembler le puzzle de notre passé planétaire.
Trajectoire et prochaines étapes
Pour atteindre ces cibles lointaines avec un budget d’ergols limité, Lucy enchaîne des survols de la Terre afin de profiter de l’assistance gravitationnelle. Le premier a déjà eu lieu et a donné l’impulsion nécessaire pour la suite. Un second passage près de notre planète est prévu en décembre 2024.
La trajectoire ainsi “enroulée” doit propulser la sonde vers ses premières rencontres avec des troyens à l’horizon 2027. Ce calendrier demeure valable, même avec un panneau à 98 %, car la puissance disponible reste compatible avec les besoins de la plateforme et des instruments.
Un risque jugé acceptable
La NASA considère désormais que poursuivre la mission avec un panneau presque entièrement déployé représente un risque maîtrisé. Les tests et analyses montrent que la structure est stable et que l’alimentation électrique est suffisante pour les activités scientifiques.
Si une opportunité favorable se présentait — par exemple une phase plus chaude lors d’un futur passage — l’équipe pourrait revisiter l’idée d’une nouvelle tentative de déploiement. Un créneau naturel s’ouvrira au plus tôt autour du second survol terrestre de 2024.
En résumé
- Panneau solaire: environ 98 % d’ouverture, situation jugée acceptable.
- Mission: 12 ans vers les astéroïdes troyens pour explorer les origines du Système solaire.
- Trajectoire: premier survol terrestre effectué; prochain en décembre 2024; premières cibles attendues en 2027.
- Décision: suspension des essais de déploiement pour préserver les ressources et limiter les risques.
FAQ
Pourquoi les panneaux solaires des sondes lointaines sont-ils si grands ?
Plus on s’éloigne du Soleil, moins l’énergie lumineuse disponible est importante. De grandes surfaces permettent de capter suffisamment de photons pour alimenter l’avionique, les chauffages, les instruments et les communications, tout en gardant des marges pour les imprévus.
Comment une assistance gravitationnelle change-t-elle la vitesse sans carburant ?
Lors d’un survol planifié, la sonde “vole” un peu d’énergie orbitale à la planète. En passant derrière celle-ci par rapport à sa trajectoire, elle gagne de la vitesse et modifie sa direction, comme si elle était “catapultée”, sans avoir à brûler beaucoup d’ergols.
Que se passe-t-il si le panneau reste à 98 % jusqu’à la fin ?
Tant que la structure demeure rigide et que la production électrique répond aux besoins, les opérations peuvent se dérouler normalement. Les équipes surveillent en continu la puissance et les vibrations; en cas d’évolution défavorable, elles adapteront le mode de fonctionnement pour préserver la mission.
Qu’est-ce qui pourrait déclencher une nouvelle tentative de déploiement ?
Un réchauffement de la sonde (p. ex. une géométrie Soleil–sonde plus favorable ou un passage près de la Terre) pourrait améliorer la réponse mécanique. Une fenêtre opérationnelle sûre, combinée à des bénéfices clairs, serait nécessaire pour justifier une reprise des essais.
Les communications avec Lucy sont-elles affectées par la distance ?
Le délai de signal augmente avec l’éloignement: il peut passer de quelques minutes à des dizaines de minutes pour un aller simple. Les équipes planifient donc des séquences autonomes et utilisent des liens à haut gain pour transmettre données et mises à jour de navigation.
