Énergie

Nucléaire de nouvelle génération: troisième cycle record aux États-Unis pour un combustible tolérant aux accidents

Nucléaire de nouvelle génération: troisième cycle record aux États-Unis pour un combustible tolérant aux accidents

Un jalon pour le combustible nucléaire plus résilient

Le premier assemblage complet de combustible tolérant aux accidents de nouvelle génération (E‑ATF) engagé dans un réacteur commercial a terminé avec succès son deuxième cycle d’exploitation de 24 mois et a été replacé en cuve pour un troisième cycle. Ce pas de plus confirme que la technologie peut fonctionner durablement en conditions industrielles tout en fournissant des données précises pour la suite.

Où et dans quelles conditions il fonctionne

L’assemblage pilote (LFA) est en service sur l’unité 2 de la centrale Calvert Cliffs exploitée par Constellation dans le Maryland. Il s’agit d’un réacteur à eau sous pression (PWR). À l’occasion de l’arrêt de rechargement du printemps 2025, l’assemblage a été contrôlé, testé, puis rechargé après la fin de son deuxième cycle de deux ans.

Un suivi méthodique depuis 2021

Chargé pour la première fois en 2021, le LFA a achevé un premier cycle de 24 mois, a été inspecté, puis réinséré pour un second cycle en 2023. Après chaque campagne, des équipes de Framatome (le fabricant) et de Constellation (l’exploitant) mènent des examens détaillés afin de documenter l’état du combustible et d’affiner les modèles de comportement en réacteur. Le DOE souligne que cet assemblage est le premier de ce type à fonctionner dans un réacteur commercial.

Cap sur un troisième cycle et des analyses approfondies

L’assemblage vient d’entamer son troisième cycle de 24 mois, avec une fin de campagne visée au printemps 2027. À l’issue, il sera expédié vers un laboratoire national du US Department of Energy (DOE) pour un examen post‑irradiation complet. Ces analyses alimenteront les dossiers de licensing futurs et aideront à préciser les marges de sûreté et de performance de la filière.

Ce qui change côté technique

Matériaux et conception au service de la sûreté

Sous l’appellation ATF (accident‑tolerant fuel), on regroupe des technologies destinées à mieux résister aux situations d’accident sévère dans les réacteurs à eau légère. L’objectif est double:

  • renforcer la robustesse du combustible en conditions extrêmes;
  • améliorer la performance et l’économie d’exploitation grâce à de nouveaux matériaux et à des conceptions optimisées.

L’assemblage testé à Calvert Cliffs intègre 176 crayons dotés d’un revêtement en chrome et des pastilles dopées à la chromie. D’après le DOE, ces choix permettent une meilleure réponse aux variations dans le cœur, une réduction de la corrosion et une limitation de la production d’hydrogène en cas de températures élevées. Le programme PROtect E‑ATF de Framatome reçoit le soutien du DOE.

Des bénéfices attendus en exploitation courante

Au‑delà des scénarios accidentels, ces matériaux visent une usure plus lente, des phénomènes de dépôt limités et une stabilité dimensionnelle accrue. En clair: plus de marges opérationnelles, une prévisibilité renforcée et, potentiellement, des coûts d’exploitation mieux maîtrisés.

Fabrication, retour d’expérience et diffusion

L’assemblage a été fabriqué dans l’usine de Framatome à Richland (Washington), dans le cadre d’un contrat signé avec Constellation en 2019. Les pastilles enrichies en chromie sont désormais une caractéristique standard du combustible ATRIUM 11 pour réacteurs à eau bouillante (BWR), déjà en service dans huit autres centrales commerciales américaines.

Le DOE rappelle que ce prototype capitalise sur des essais menés aux États‑Unis et en Suisse, et pourrait constituer la première évolution majeure de la technologie du combustible nucléaire depuis les années 1970. Les nouvelles combinaisons combustible + gainage sont susceptibles d’améliorer à la fois l’économie et les performances des réacteurs actuels.

Une dynamique industrielle d’ici 2030

Plusieurs acteurs — Framatome, GE Vernova et Westinghouse — évaluent en parallèle différents concepts d’ATF dans des réacteurs commerciaux à travers les États‑Unis. L’ambition affichée est une adoption à grande échelle d’ici 2030, sous réserve de résultats d’exploitation concluants et de validations réglementaires.


Repères temporels essentiels

  • 2021: premier chargement de l’assemblage pilote.
  • 2023: réinsertion pour un second cycle après inspection.
  • Printemps 2025: fin du deuxième cycle, contrôles en arrêt de rechargement et rechargement pour un troisième cycle.
  • Printemps 2027: fin prévue du troisième cycle et envoi en laboratoire national du DOE pour examen post‑irradiation.

FAQ

L’ATF est‑il compatible avec les cœurs existants sans modifications lourdes ?

Oui, les concepts d’ATF sont conçus pour s’intégrer aux réacteurs à eau légère existants avec des adaptations limitées, afin de rester compatibles avec les pratiques de rechargement et les contraintes de sûreté en vigueur.

Quelle différence entre “revêtement en chrome” et “pastilles dopées à la chromie” ?

Le revêtement en chrome concerne l’enveloppe métallique du crayon combustible (le gainage), pour améliorer sa tenue et limiter l’oxydation. Les pastilles dopées à la chromie modifient la microstructure du combustible céramique afin d’en améliorer la stabilité et la résistance à haute température.

Ces combustibles changent‑ils la gestion des arrêts de rechargement ?

L’objectif est de maintenir des cycles de 18 à 24 mois tout en améliorant la robustesse. La planification des arrêts ne change pas fondamentalement, mais la fiabilité accrue peut réduire certains aléas opérationnels.

Quel impact possible sur la quantité de déchets ?

L’ATF ne supprime pas les déchets, mais une meilleure résistance et une usure réduite peuvent optimiser le taux de combustion et la gestion du combustible usé, avec des gains potentiels sur la logistique et la conditionnement.

Où en est la réglementation pour une adoption large ?

Les autorités examinent les données issues des démonstrations en réacteur et des examens post‑irradiation. La qualification industrielle dépendra des résultats cumulés des essais et des évaluations de sûreté, avec une cible d’adoption large avant 2030 si les performances sont confirmées.

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