Crédit photo : Joel Hallberg
Une lacune dans la **surveillance nucléaire** pourrait se cacher au sein d’une chaîne d’approvisionnement habituellement associée aux **batteries de véhicules électriques**.
Des chercheurs ont révélé que les exportations de **cobalt** provenant de la **République Démocratique du Congo (RDC)** pourraient avoir transporté également de l’**uranium** hors du pays pendant des années, et seulement une petite fraction de cette quantité a été officiellement déclarée.
Que se passe-t-il ?
En s’appuyant sur des données minières et comerciales, une enquête menée par l’Université du Wisconsin-Madison et l’Université de Princeton estime qu’entre les années 2000 et 2024, les exportations de **cobalt-hydroxide** en provenance de la RDC pourraient avoir inclus environ 4,4 millions à 11 millions de livres (2 000 à 5 000 tonnes métriques) d’uranium naturel, malgré l’absence de rapports officiels complets sur la production d’uranium dans ce pays depuis des décennies.
La **recherche**, récemment publiée dans la revue *Nature Communications*, s’est basée sur des données de minéralisations, des dossiers commerciaux au niveau des mines et un modèle chimique du traitement du cobalt afin de démontrer comment l’uranium peut rester mélangé à l’**minerai de cobalt** tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Sébastien Philippe, co-auteur de l’étude et expert en **sécurité nucléaire**, a souligné que les déclarations publiques et les mesures de sécurité internationales semblent couvrir moins de 10 % de cet uranium.
« Cette quantité d’uranium non déclarée pourrait servir à produire du **matériau fissile** pour environ 600 à 1 500 armes nucléaires ou à alimenter un réacteur nucléaire à eau légère standard pendant 10 à 25 ans, ce qui représente un volume considérable », a-t-il précisé dans le communiqué.
Pourquoi est-ce important ?
La région du **Copperbelt** en RDC est essentielle pour l’économie des batteries de véhicules électriques, car c’est ici que se trouve le **cobalt** utilisé dans les cellules lithium-ion.
L’uranium, étant présent aux côtés des dépôts de cobalt, peut rester mélangé lors des opérations d’extraction et de traitement, au lieu d’être séparé avant l’exportation.
Philippe a mis en garde, indiquant que le fait que ce matériau soit non déclaré implique qu’« il n’y a pas de restrictions sur son utilisation finale ».
Les chercheurs ont également averti sur les dangers sur le terrain en RDC, en estimant qu’environ 2,2 millions à 8,8 millions de livres (1 000 à 4 000 tonnes métriques) d’uranium pourraient être restés dans les **stériles miniers** sous des formes chimiquement mobiles, exposant ainsi les mineurs et les communautés environnantes à des risques potentiels.
Quelles solutions peuvent être envisagées ?
Les co-auteurs de l’étude suggèrent que la première mesure devrait consister à renforcer la **surveillance** : il est nécessaire d’établir une comptabilité plus rigoureuse de l’uranium dans l’industrie minière de la RDC et de pratiquer des tests réguliers des exportations de cobalt-hydroxide avant leur départ du pays.
Ryan Manzuk, chercheur et auteur principal de l’étude, a insisté sur le fait que le problème débute avec le matériau extrait, plutôt qu’avec ce qui se passe plus tard dans la chaîne d’approvisionnement.
« Alors que les entreprises se concentrent sur l’extraction du cobalt dans cette province, elles extraient également des quantités non négligeables d’uranium, car celui-ci est lié au cobalt », a-t-il expliqué.
L’étude recommande aussi des **contrôles de radiation** pour les travailleurs et un **suivi environnemental** élargi.
Les chercheurs ont ajouté que si le cobalt était raffiné en métal à l’intérieur de la RDC, l’uranium pourrait être repéré et séparé de manière plus explicite, au lieu de passer inaperçu à travers les routes d’exportation.
Philippe a déclaré : « Au vu de nos découvertes, un vaste audit national des opérations minières en RDC est nécessaire, ainsi que l’instauration de nouvelles règles pour la séparation de l’uranium de la chaîne d’approvisionnement en cobalt. Un besoin de mécanismes de surveillance et de contrôle s’impose également pour garantir que cela se fait de manière respectueuse de l’environnement. »
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FAQ
Quel est le rôle du cobalt dans les batteries électriques ?
Le cobalt est un élément essentiel utilisé dans les batteries lithium-ion, offrant stabilité et performance.
Quelles sont les implications de l’uranium non déclaré ?
L’uranium non déclaré pose des risques en matière de sécurité nucléaire et d’environnement, puisque son utilisation n’est pas contrôlée.
Comment peut-on améliorer la supervision des exportations ?
Renforcer les inspections, établir des rapports transparents et impliquer des organismes internationaux sont des mesures à envisager.
Quelles sont les conséquences environnementales potentielles dans la RDC ?
La présence d’uranium dans des stériles miniers peut contaminer le sol et l’eau, mettant en danger la santé des mineurs et des communautés.
Existe-t-il des réglementations internationales pour l’uranium ?
Oui, des accords existent, mais leur application est souvent incomplète, surtout dans des zones comme la RDC.
