Le bien-être de luxe, entre fascination et exclusion
Les tendances « bien-être » prisées par les célébrités séduisent par leur aura de nouveauté — et par leurs tarifs souvent inaccessibles. Plus le prix grimpe, plus le mystère grandit. L’aphérèse, une technique médicale relancée par cette mode, en est un parfait exemple: elle attire stars, influenceurs et personnes fortunées, bien au-delà de ses usages strictement médicaux.
Une vieille pratique médicale remise au goût du jour
L’aphérèse consiste à prélever le sang, à en séparer certains composants, puis à réinjecter le reste. La méthode moderne s’est installée en clinique au milieu du XXe siècle, mais l’idée de « purifier » le sang renvoie, de loin, aux saignées de l’Antiquité. Aujourd’hui, des clients recherchent cette procédure pour des raisons de « détox » ou de performance personnelle. La journaliste Kate Spicer s’y est prêtée pour raconter son expérience et éclairer ce phénomène.
Des « med spas » à la médecine esthétique: une frontière mouvante
Le marché du bien-être médicalisé a explosé. Les med spas proposent une offre vaste, souvent plus accessible et plus rapide qu’un suivi chez un spécialiste diplômé, ce qui brouille les repères entre soin esthétique, acte médical et promesse bien-être. Dans ce contexte, l’aphérèse est parfois vendue comme un « nettoyage du sang ». À Londres, la clinique Viavi, dirigée par la Dre Sabine Donnai, insiste toutefois: il s’agit d’une procédure médicale, pas d’un soin cocooning.
Ce que prétend « nettoyer » l’aphérèse
Sur le plan scientifique, l’aphérèse dispose d’indications reconnues (par exemple pour certaines maladies du sang ou troubles immunologiques). En revanche, pour l’idée de « purifier » un organisme sain, le niveau de preuve reste limité. Des personnalités — à l’image d’Orlando Bloom — s’y intéressent par crainte des microplastiques et autres polluants. À Viavi, la Dre Donnai dit collecter rigoureusement des données afin d’évaluer la capacité de la technique à réduire des contaminants environnementaux circulant dans le sang.
Microplastiques, métaux et « éternels polluants »: promesse ou réalité ?
Les microplastiques sont partout et il est impossible d’y échapper totalement. À cela s’ajoutent les métaux lourds, les PFAS (les « substances éternelles »), certains pesticides et herbicides. L’aphérèse est parfois présentée comme un moyen de diminuer cette charge. Il faut toutefois rester prudent: les bénéfices de ce « filtrage » chez des personnes sans indication clinique précise ne sont pas établis de manière solide. La théorie séduit; la preuve robuste manque encore.
Une séance vue de l’intérieur
Au cours de sa séance, Spicer décrit des moments où un réservoir de débris est vidé — un indicateur visuel impressionnant de ce qui est capté par le circuit. Dans son cas, il y a eu cinq « flushs ». Après l’intervention, elle dit s’être sentie patraque pendant plusieurs jours. L’analyse de ses résultats, selon la clinicienne, montrait des niveaux de certains marqueurs très élevés. Ces ressentis et chiffres marquent les esprits, mais ils ne suffisent pas à prouver un bénéfice santé durable.
Des coûts qui réservent la pratique à une élite
Avant toute chose, les clients de Viavi passent par une évaluation initiale facturée environ 14 000 £ (≈ 18 000 $). La séance d’aphérèse coûte ensuite 3 800 £ (≈ 5 000 $) — et il est souvent suggéré d’en faire plusieurs. La facture peut grimper très vite, bien au-delà de ce que la majorité peut envisager, ce qui nourrit l’image élitiste du procédé.
Des alternatives concrètes et abordables
La Dre Donnai ne présente pas l’aphérèse comme la seule voie pour réduire l’exposition aux polluants. Elle conseille des mesures simples et pragmatiques:
- Limiter la consommation d’aliments et de boissons en contact avec le plastique.
- Éviter les poêles antiadhésives susceptibles de relarguer des composés indésirables.
- Privilégier des cosmétiques sans parabènes ni phtalates.
- Et, pour un geste utile et potentiellement bénéfique: donner son sang. Non seulement cela aide des patients, mais le corps renouvelle ensuite le volume prélevé par du sang « neuf ».
En bref: fascination, prudence et hygiène de vie
L’aphérèse, lorsqu’elle est pratiquée dans son cadre médical validé, a une utilité indéniable. Son emploi comme outil de “détox” reste, lui, controversé et très coûteux. Pour la plupart d’entre nous, le plus sûr et le plus réaliste consiste à réduire l’exposition aux polluants au quotidien, à améliorer son hygiène de vie et à s’informer auprès de professionnels de santé avant toute démarche.
FAQ
L’aphérèse est-elle la même chose que la dialyse ?
Non. La dialyse remplace partiellement la fonction des reins en supprimant des déchets dissous. L’aphérèse sépare et retire sélectivement certains composants sanguins (par exemple des lipoprotéines, des cellules ou des anticorps) via des filtres ou colonnes spécifiques. Les objectifs, les indications et les circuits techniques diffèrent.
Combien de temps dure une séance d’aphérèse ?
Selon le type d’aphérèse et le volume traité, une séance dure généralement 1,5 à 3 heures. Il faut compter du temps supplémentaire pour la préparation, la pose et le retrait des cathéters, ainsi que l’observation post-procédure.
Quels sont les risques possibles ?
Comme tout acte invasif, il existe des risques: malaise, hypotension, crampes, réactions allergiques aux circuits ou aux anticoagulants, saignements au point d’accès, et rares infections. Les personnes ayant des troubles de la coagulation ou une anémie doivent être évaluées avec soin.
Qui devrait éviter l’aphérèse à visée « bien-être » ?
Les femmes enceintes, les personnes avec insuffisance cardiaque non stabilisée, anémie sévère, troubles de la coagulation, ou sous certains anticoagulants devraient s’abstenir, sauf indication médicale formelle et encadrement spécialisé.
L’aphérèse élimine-t-elle vraiment les microplastiques ?
Des études explorent cette question, mais les preuves cliniques montrant un bénéfice net pour des personnes en bonne santé sont insuffisantes. À ce stade, la priorité reste de réduire l’exposition (alimentation, matériaux, cosmétiques) et d’adopter des habitudes protectrices au quotidien.
