En Alaska, des chercheurs ont voulu vérifier si des cultures alimentaires et des panneaux solaires pouvaient partager la même parcelle. Leurs observations, rapportées par le New York Times, montrent une synergie inattendue: les plantes placées près des panneaux se sont souvent mieux développées que celles situées plus loin.
Où et pourquoi cet essai a eu lieu
À Houston, une petite ville à environ une heure d’Anchorage, se trouve la plus grande centrale solaire de l’État. C’est là qu’une équipe de l’Université d’Alaska (Fairbanks) a conduit un test financé par le Department of Energy américain. L’objectif était simple et ambitieux à la fois: produire nourriture et énergie sur le même terrain, dans une région où ces deux ressources sont coûteuses et où l’autonomie locale compte beaucoup.
Comment l’expérience s’est déroulée
Les chercheurs ont utilisé les allées entre les rangées de panneaux pour y cultiver des légumes courants comme le chou kale, les épinards et les pommes de terre. Ils ont comparé la croissance, l’aspect et la vigueur des plantes selon leur distance aux structures solaires. Le site, soumis aux longues journées estivales de l’Alaska, offrait un contexte idéal pour observer les effets de l’ombrage et de la rétention d’eau.
Des résultats visibles à l’œil nu
Non seulement les cultures ont bien poussé en quantité, mais un phénomène marquant est apparu: les plants proches des panneaux affichaient une meilleure qualité visuelle. Les épinards, par exemple, présentaient un vert nettement plus foncé, signe de feuilles plus robustes et d’une croissance plus régulière. Ce contraste était suffisamment net pour être perçu sans instruments.
Pourquoi la proximité des panneaux aide les plantes
Un ombrage qui limite le stress lumineux
En été, la lumière dure et prolongée peut provoquer un stress pour certaines cultures. La proximité des panneaux crée des périodes d’ombre partielle, ce qui adoucit l’intensité lumineuse. Résultat: les plantes subissent moins de surchauffe et gèrent mieux leur photosynthèse, d’où une croissance plus stable.
Une gestion de l’eau plus favorable
Les panneaux agissent comme de petits collecteurs: l’eau qui ruisselle de leur surface se concentre au pied des structures, ce qui profite aux plantes voisines. Avec un sol un peu plus humide et des pertes par évaporation réduites, les cultures bénéficient d’une hydratation régulière, essentielle pendant les périodes sèches ou venteuses.
Les précautions et limites de l’étude
Ces résultats proviennent d’une seule année d’observations. En Alaska, les conditions peuvent évoluer fortement d’une saison à l’autre: températures, pluies, vent, pression des ravageurs… Les scientifiques insistent donc sur la nécessité de répéter l’essai plusieurs années (idéalement au moins trois) pour confirmer ces tendances et mieux cerner les variabilités naturelles.
Des retombées concrètes pour les territoires
Associer cultures et grandes centrales solaires ouvre des perspectives là où la terre est rare ou chère. Ce modèle peut:
- Aider à sécuriser l’approvisionnement alimentaire et énergétique local en même temps.
- Améliorer la rentabilité des sites solaires: les terrains peuvent être loués à des agriculteurs, et la végétation entre les rangées n’a plus besoin d’être systématiquement supprimée, ce qui réduit les coûts d’entretien.
- Offrir un levier économique pour déployer davantage de solaire sans sacrifier l’usage agricole des sols.
Et maintenant ?
La suite logique consiste à reproduire ces essais dans d’autres climats et avec plus de cultures, à tester des hauteurs et espacements de panneaux différents, et à mesurer précisément les gains (rendement agricole, production électrique, économie d’eau). L’objectif est d’aboutir à des protocoles simples pour aider agriculteurs et producteurs d’énergie à coaménager leurs sites.
FAQ
Qu’appelle-t-on agri-voltaïsme ?
C’est l’association volontaire de production agricole et de production photovoltaïque sur une même surface. L’idée est d’optimiser l’usage du sol en créant une complémentarité entre cultures et panneaux.
Quels autres types de cultures peuvent en bénéficier ?
Outre les feuilles (épinards, salades) et certains tubercules, des plantes qui apprécient un léger ombrage ou une humidité plus régulière (ex. herbes aromatiques, petits fruits) peuvent bien réagir. Le choix dépend du climat local et de la variété.
Faut-il des panneaux ou des supports spéciaux ?
Pas forcément. En revanche, la hauteur, l’inclinaison et l’écartement des panneaux influencent l’ombre, la circulation de l’air et l’accès aux machines agricoles. Adapter ces paramètres améliore le confort de travail et la croissance des plantes.
Quel impact sur la biodiversité locale ?
Laisser une couverture végétale diversifiée entre les rangées peut favoriser les pollinisateurs et la vie du sol. Des bandes fleuries ou des prairies gérées avec parcimonie renforcent ces bénéfices sans gêner la production électrique.
Quels défis en climat froid ou neigeux ?
La neige peut compliquer l’accès et la maintenance, et modifier la répartition de l’eau au sol. Des solutions existent: rehausser les structures, prévoir un drainage efficace et un plan de déneigement adapté pour protéger à la fois les cultures et les équipements.
