Sciences

L’ADN Ancien Dévoile un Mystère Funéraire Médiéval : Pas de Liens Familiaux.

L'ADN Ancien Dévoile un Mystère Funéraire Médiéval : Pas de Liens Familiaux.
La ruine de l’église de Västerhus, paroisse de Frösö, Jämtland, avant 1951. Crédit : Archives de l’Office national du patrimoine – La ruine de l’église de Västerhus, paroisse de Frösö, Jämtland, Suède

Des analyses génétiques récentes sont en train de faire évoluer notre compréhension des notions de famille, d’enfance et des pratiques funéraires durant la période médiévale en Scandinavie.

Dans des tombes médiévales, on trouve souvent un adulte et un enfant enterrés côte à côte. Pendant longtemps, les archéologues ont pensé que ce type d’inhumation traduisait une relation directe, comme celle entre un parent et son enfant. Cependant, l’analyse d’ADN ancien provenant de Scandinavie révèle que cette interprétation était souvent erronée.

Des chercheurs de l’Université de Stockholm ont examiné l’ADN de 142 individus ayant vécu à la fin de l’époque viking et durant le Moyen Âge. Parmi ces individus, plus de 60 étaient des enfants et adolescents découverts dans des sépultures communes à Sigtuna, près de Stockholm, à Västerhus en Jämtland, et à Fjälkinge en Skåne.

En analysant les relations biologiques, les chercheurs ont pu déterminer si les personnes enterrées ensemble appartenaient réellement à la même famille.

Oscar Nilsson recueillant des données sur la Dame 56 pour la reconstruction faciale judiciaire. Crédit : Anders Götherström/Université de Stockholm, 2026

## Des sépultures communes mais peu de parenté réelle

Les résultats génétiques montrent que les proches ne partageaient que rarement la même tombe, même si, dans certains cimetières, des liens familiaux étaient clairement établis parmi la population élargie.

« Nous avons souvent l’habitude de penser que si un adulte et un enfant sont retrouvés ensemble, ils sont automatiquement parents ou membres d’une même famille. Cependant, dans la majorité des cas, ce n’était pas ce que nous avons constaté », explique Maja Krzewińska, chercheuse au Centre de paléogénétique de l’Université de Stockholm et auteur principal de l’étude.

Cette découverte modifie notre façon d’interpréter ces inhumations. Si le fait de partager une tombe ne correspond généralement pas à des liens biologiques proches, cela signifie qu’autres facteurs ont pu influencer les choix de sépulture. Parmi ces facteurs pourraient figurer des pratiques religieuses, des connexions sociales, l’appartenance à une communauté ou des circonstances particulières entourant la mort, bien que chaque cas ne puisse pas être expliqué par une unique théorie.

Une des coquilles de pèlerin trouvées sur le site du cimetière de Västerhus – un site examiné dans l’étude. Crédit : Christer Åhlin/Musée historique, 2012

“Les archéologues ont longtemps débattu des relations entre les personnes inhumées dans ce type de tombes. L’ADN ancien nous a enfin fourni l’outil nécessaire pour tester directement ces interprétations”, ajoute Anna Kjellström, chercheuse au même département.

## Les enfants inhumés avec les mêmes rites que les adultes

Les preuves ADN ont aussi permis aux chercheurs d’explorer la perception des enfants par les premières communautés chrétiennes en Scandinavie. Une simple analyse osseuse ne suffisait pas toujours à établir le sexe biologique des jeunes car les différences physiques n’étaient pas encore pleinement développées. Les tests génétiques ont révélé des informations inaccessibles par l’analyse des os uniquement.

Les pratiques d’inhumation montrent que garçons et filles étaient souvent traités de la même manière que les adultes, que ce soit pour les hommes ou les femmes. À Västerhus, par exemple, hommes et femmes étaient généralement inhumés de part et d’autre du cimetière, les garçons étant placés du côté des hommes, tandis que les filles suivaient le schéma réservé aux femmes.

Reconstruction faciale judiciaire basée sur la morphologie et la génétique de l’un des individus clés de Västerhus analysé dans l’étude. La reconstruction et la photographie sont réalisées par Oscar Nilsson. Crédit : Oscar Nilsson/Université de Stockholm, 2026

Ce choix funéraire suggère que ces communautés reconnaissaient des distinctions de genre dès la petite enfance, plutôt que de regrouper tous les jeunes dans une catégorie sociale distincte.

« Les enfants n’étaient pas perçus comme une catégorie distincte. Dans la mort, ils semblent avoir été traités selon les mêmes principes sociaux et religieux que les adultes », précise Anders Götherström, professeur en archéologie moléculaire.

## L’ADN révèle la famille d’une pèlerine médiévale

Une sépulture découverte à Västerhus offre un aperçu plus personnel de la vie médiévale. Une femme reconnue par les chercheurs comme la Dame 56 pouvait être génétiquement liée à plusieurs autres individus dans le cimetière. Son ADN l’a reliée à sa mère et son père, son frère et deux de ses filles, permettant aux chercheurs de reconstituer une parcelle d’une famille ayant vécu il y a des siècles.

Cependant, cette Dame 56 a peut-être également voyagé bien au-delà de sa région de Jämtland. Sa tombe contenait une coquille de Saint-Jacques, un objet rare dans les sépultures médiévales scandinaves et un symbole de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, dans le nord-ouest de l’Espagne.

Anders Götherström, Centre de paléogénétique, Département d’archéologie et d’études classiques, Université de Stockholm. Crédit : Rickard Kilström/Université de Stockholm

Cette coquille indique que la Dame 56 aurait pu accomplir l’un des parcours de pèlerinage médiévaux les plus significatifs. Rejoindre Saint-Jacques-de-Compostelle aurait nécessité un voyage de plusieurs milliers de kilomètres à travers l’Europe avant qu’elle ne retourne en Scandinavie. Elle est décédée avant l’âge de 30 ans, tandis que ses parents, son frère et ses filles étaient inhumés dans différentes zones du même cimetière.

Ces découvertes montrent comment l’archéogénétique, c’est-à-dire l’utilisation de preuves génétiques pour étudier les populations anciennes, peut apporter des éclairages bien plus larges que de simples liens familiaux. En croisant ADNs, objets de sépulture et emplacements, il est possible de mieux comprendre comment les gens du Moyen Âge organisaient leurs communautés, comprenaient l’enfance et le genre, pratiquaient leur foi, voyageaient et faisaient les choix liés à la sépulture de leurs morts.

Référence : “Égalité dans la mort : Analyse génomique ancienne des inhumations chrétiennes précoces d’enfants” par Maja Krzewińska et al., 10 juillet 2026, Science Advances.
DOI: 10.1126/sciadv.aeb8588

Ne manquez aucune avancée : Abonnez-vous à la newsletter SciTechDaily.
Suivez-nous sur Google et Google Actualités.

## FAQ

### Quels sont les principaux apports de l’ADN ancien dans la recherche archéologique ?
L’ADN ancien permet d’établir des relations biologiques directes entre individus, offrant une perspective plus précise sur les liens familiaux, ainsi que sur les dynamiques sociales et culturelles à l’époque médiévale.

### Comment les enfants étaient-ils perçus dans les communautés chrétiennes ?
Les enfants semblaient être intégrés au même titre que les adultes dans la vie sociale et religieuse, plutôt que d’être considérés comme une catégorie à part.

### Quelles autres pratiques funéraires entouraient les sépultures ?
Les choix d’inhumation pouvaient être influencés par des croyances religieuses, des liens sociaux ou des événements spécifiques liés à la mort, reflétant une variété d’influences culturelles.

### Qu’est-ce qu’une coquille de pèlerin ?
La coquille de pèlerin est un symbole associé aux voyageurs se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle, reflétant ainsi des pratiques religieuses importantes au Moyen Âge.

### Quelle est la signification de la recherche sur les relations familiales pour l’histoire médiévale ?
Cette recherche offre une nouvelle compréhension des structures familiales et des dynamiques sociales au Moyen Âge, ainsi que de la place des enfants dans ces sociétés.

Quitter la version mobile