La Nature de la Langue Réexaminée
Les êtres humains ont la capacité unique de créer une infinité de nouvelles phrases, mais les mécanismes mentaux qui rendent cela possible pourraient être plus simples que ce qu’on pensait jusqu’à présent. Une étude récente met en lumière le fait que notre compréhension et notre utilisation du langage reposent non seulement sur des structures grammaticales complexes, mais aussi sur des schémas linéaires souvent employés qui influencent notre manière de traiter la parole.
L’art de l’improvisation linguistique
Chaque fois que nous ouvrons la bouche pour parler, nous improvisons. Comme le souligne Morten H. Christiansen, professeur de psychologie, les humains ont une capacité impressionnante à discuter de presque tous les sujets, en formant parfois des phrases jamais entendues auparavant.
Les scientifiques du langage affirment que cette flexibilité provient de représentations mentales internes. Ces représentations aident les individus à percevoir des modèles linguistiques et à combiner des mots pour créer des affirmations significatives. Bien que ce processus soit essentiel à la communication, il reste encore beaucoup à apprendre sur la nature exacte de ces motifs mentaux et leur fonctionnement.
Une nouvelle approche
Dans une étude menée par Christiansen et Yngwie A. Nielsen de l’Université d’Aarhus, les chercheurs remettent en question l’idée traditionnelle selon laquelle le langage s’appuie sur des structures grammaticales hautement complexes. Bien que leur étude ait principalement examiné l’anglais, les auteurs estiment que leurs résultats pourraient s’appliquer à nombreuses langues, influençant ainsi les recherches futures sur l’évolution du langage, l’apprentissage de la parole chez les enfants, et l’acquisition des langues chez les adultes.
Du complexe au simple
Historiquement, les chercheurs ont principalement considéré que la construction des phrases reposait sur une grammaire interne qui organise les mots en structures hiérarchiques, semblables à un arbre. Cependant, Christiansen et Nielsen suggèrent une vision alternative plus simplifiée. Ils avancent que le langage pourrait davantage se baser sur la combinaison de morceaux familiers, un peu comme assembler des pièces de LEGO préfabriquées pour former une construction finie.
Dans cette perspective, les locuteurs utilisent de courtes séquences linéaires de types de mots, tels que noms et verbes, plutôt que de s’appuyer entièrement sur des règles grammaticales abstraites. Certains de ces enchaînements ne correspondent même pas aux normes de la grammaire traditionnelle, comme l’expression « au milieu de » ou « se demandait si tu ».
Cette recherche a été publiée dans la revue Nature Human Behaviour le 21 janvier.
Revisiter les fondements de la linguistique
Depuis les années 1950, la théorie dominante en linguistique a mis l’accent sur l’existence de structures mentales hiérarchiques comme caractéristique définissante du langage humain. Cette approche suggère que les mots et les phrases se combinent selon des principes grammaticaux pour former des unités plus larges appelées constituants. Par exemple, dans la phrase « Elle a mangé le gâteau », les mots « le » et « gâteau » forment un groupe nominal, qui s’unit ensuite à « a mangé » pour créer le groupe verbal « a mangé le gâteau », lequel se combine à « elle » pour former une phrase complète.
Cependant, Christiansen et Nielsen notent que toutes les combinaisons de mots ne constituent pas nécessairement des constituants : « En fait, les séquences courantes de trois ou quatre mots dans le langage sont souvent des non-constituants, comme ‘puis-je avoir un’ ou ‘c’était dans le’ », précisent-ils dans le résumé de leur étude.
Le rôle des séquences non-constituentes
Ces séquences, bien qu’en dehors des règles grammaticales, jouent pourtant un rôle dans la connaissance linguistique des locuteurs. En menant des expériences incluant une étude sur le suivi des yeux et une analyse de conversations téléphoniques, les chercheurs ont découvert que certaines séquences linéaires de classes de mots peuvent être « activées ». Cela signifie que, lorsqu’elles sont entendues ou lues une première fois, leur traitement devient plus rapide lors des occurrences suivantes. Cela prouve qu’elles font partie de notre représentation mentale du langage, mènent à un enrichissement de notre compréhension au-delà des simples règles de grammaire.
« Je pense que la principale contribution est de montrer que les règles grammaticales traditionnelles ne peuvent pas capturer toutes les représentations mentales de la structure linguistique », affirme Nielsen.
« Il pourrait même être possible d’expliquer notre utilisation du langage avec une structure plus plate, poursuit Christiansen. Cela pourrait signifier que l’écart entre le langage humain et les systèmes de communication d’autres animaux est beaucoup moins important que ce qu’on pensait précédemment. »
En résumé
Cette étude remet en question l’idée selon laquelle la complexité de notre langage repose exclusivement sur des règles grammaticales élaborées et propose une vision plus simple et accessible de notre façon de communiquer.
FAQ
Quelle est l’importance de l’étude sur le langage ?
Cette étude remet en question des idées traditionnelles sur la complexité du langage et pourrait inspirer de nouvelles recherches sur l’évolution et l’apprentissage linguistique.
Les résultats s’appliquent-ils à d’autres langues ?
Bien que concentrée sur l’anglais, l’étude suggère que les découvertes pourraient avoir des implications pour de nombreuses langues à travers le monde.
Comment les séquences non-constituentes influencent-elles notre langage ?
Ces séquences permettent d’accélérer notre compréhension linguistique, prouvant ainsi leur valeur dans notre représentation mentale du langage.
Quel impact cela pourrait-il avoir sur l’apprentissage des langues ?
Si le langage fonctionne sur des principes plus simples, cela pourrait faciliter l’enseignement et l’apprentissage des langues, rendant le processus moins complexe.
Que signifie une structure linguistique moins hiérarchique ?
Cela suggère que nous pourrions appréhender et utiliser le langage de manière plus intuitive, sans dépendre de règles grammaticales strictes, ce qui pourrait rapprocher le langage humain de d’autres formes de communication animale.
