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Sa facture devient un revenu: un homme est payé par son fournisseur d’électricité

Sa facture devient un revenu: un homme est payé par son fournisseur d’électricité

Se faire payer pour consommer de l’électricité n’est plus une idée farfelue. Dans certains pays européens, des particuliers profitent de périodes où l’électricité coûte moins que zéro pour recharger leur voiture ou faire tourner leurs appareils… et empocher quelques euros. Voici comment et pourquoi ce phénomène existe, et ce qu’il pourrait devenir.

Un particulier néerlandais qui transforme sa facture en bonus

Aux Pays-Bas, un vendeur de logiciels a opté pour une tarification dynamique indexée sur le prix de gros horaire de l’électricité. Plutôt qu’un tarif fixe, sa facture varie d’heure en heure en fonction de l’abondance d’éolien et de solaire sur le réseau. Lors des créneaux où les prix deviennent négatifs, il planifie la charge de sa voiture électrique et d’autres usages énergivores. Sur quelques mois, il a ainsi cumulé l’équivalent d’une petite somme qui compense les frais de service de son fournisseur. Pour lui, c’est autant une manière de réduire ses coûts qu’un jeu d’optimisation.

Comment il s’y prend concrètement

  • Il suit le prix du marché heure par heure via une application.
  • Il programme la charge de son véhicule lors des créneaux très bon marché ou négatifs.
  • Il évite les pics où les prix remontent fortement.
  • Il accepte une part d’aléa: ce modèle récompense l’attention et la flexibilité.

Pourquoi des prix négatifs apparaissent

Quand la production renouvelable est très abondante et que la demande ne suit pas, le réseau se retrouve saturé. En Europe, des subventions et des règles de marché encouragent la production d’énergie verte même quand il y en a trop. Pour rééquilibrer le système, le prix de gros peut passer sous zéro: les acteurs sont alors littéralement payés pour absorber le surplus, ce qui incite les consommateurs flexibles à utiliser plus d’électricité sur ces créneaux.

Le rôle des énergies renouvelables

  • L’éolien surperforme les jours de grand vent.
  • Le solaire inonde le réseau en milieu de journée par temps clair.
  • L’inflexibilité de certaines centrales et les limites du réseau accentuent l’excédent.
  • Sans assez de stockage ou d’exports, le marché bascule plus facilement en prix négatifs.

Où et quand cela arrive le plus

Ce phénomène s’observe surtout dans les pays ayant une forte capacité renouvelable et des marchés de gros très liquides: Pays-Bas, Finlande, Espagne, entre autres. Ces dernières années, le nombre d’heures en territoire négatif a atteint des records en Europe, notamment lors des journées très ensoleillées ou venteuses. L’amplitude est généralement limitée dans le temps: on parle souvent de fenêtres de quelques heures, souvent en milieu de journée pour le solaire, ou la nuit/au petit matin pour l’éolien.

Les États-Unis commencent à suivre

Avec l’envol du solaire en Californie, l’après-midi voit parfois affluer plus d’électricité que le réseau ne peut en absorber. Résultat: des prix négatifs, et une part non négligeable d’énergie écartée (curtailment). Une grande majorité de cette énergie perdue provient du solaire, faute d’assez de stockage et de flexibilité côté demande. Le mouvement pourrait s’étendre à d’autres États à mesure que la capacité renouvelable progresse.

Pourquoi tout le monde ne peut pas en profiter

La plupart des consommateurs américains n’ont pas accès à la tarification en temps réel, car les régulateurs redoutent l’effet inverse: se faire surprendre par des pics de prix et recevoir des factures salées lors d’épisodes extrêmes (comme l’a rappelé la crise électrique au Texas en 2021). Dans de nombreux marchés, les offres dynamiques existent peu, sont limitées, ou demandent un engagement que tout le monde n’est pas prêt à assumer.

Et demain, que va-t-il se passer ?

  • Les subventions et règles de marché pourraient évoluer, rendant les prix négatifs plus rares.
  • La montée des panneaux solaires résidentiels pourrait réduire la nécessité de certaines aides, changeant l’équilibre économique.
  • Le déploiement du stockage (batteries, véhicules électriques connectés au réseau), des interconnexions et des outils de pilotage de la demande pourrait lisser les excédents.
  • Les offres à prix dynamique pourraient se démocratiser, mais avec davantage de protections pour les consommateurs.

Ce qu’il faut retenir

  • Les prix négatifs sont le symptôme d’un système riche en renouvelables mais encore limité en flexibilité.
  • Les particuliers équipés et informés peuvent en tirer un avantage économique, surtout avec une voiture électrique.
  • Ce jeu d’optimisation restera opportuniste: il dépend de la météo, du réseau et des règles de marché.

Conseils pratiques pour les curieux

  • Privilégiez une offre dynamique fiable et lisez bien les conditions.
  • Automatisez autant que possible: programmations, domotique, alertes de prix.
  • Ciblez les usages déplaçables: recharge d’EV, chauffe-eau, lave-linge, pompe à chaleur en mode décalé.
  • Surveillez les frais fixes et les plafonds éventuels qui peuvent réduire le gain.

FAQ

Comment repérer les créneaux aux prix négatifs sans passer des heures à surveiller le marché ?

Utilisez une application ou un service qui envoie des alertes de prix et propose des programmations automatiques. Certains gestionnaires domotiques peuvent déclencher vos appareils quand le prix descend sous un seuil défini.

Est-ce intéressant sans voiture électrique ?

Oui, mais le potentiel est plus limité. Les meilleurs gains viennent des usages à forte consommation déplaçables: chauffe-eau, stockage thermique, charges de batteries domestiques, gros électroménager en heures très basses.

Y a‑t‑il des risques cachés avec les offres dynamiques ?

Le principal risque est l’exposition aux pics: si vous consommez beaucoup au mauvais moment, la facture grimpe. Vérifiez la présence d’un plafond de prix, d’alertes et de frais additionnels (abonnement, marge, droits d’accès réseau).

Peut-on gagner de l’argent en renvoyant l’énergie vers le réseau avec sa batterie ou son véhicule ?

Selon les pays, le vehicle-to-grid (V2G) et la revente d’énergie sont encore encadrés ou limités. Renseignez-vous sur les contrats et autorisations locales; la plupart des particuliers optimisent d’abord leur autoconsommation.

Quel est l’impact environnemental de l’absorption des surplus ?

Consommer lors des prix négatifs aide à réduire le gaspillage d’énergie renouvelable. Couplé à du stockage et à la flexibilité de la demande, cela améliore l’intégration des renouvelables et limite le recours aux centrales fossiles lors des redémarrages.

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