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Les milieux d’affaires s’inquiètent: les renouvelables font chuter à répétition le prix de l’électricité à zéro

Les milieux d’affaires s’inquiètent: les renouvelables font chuter à répétition le prix de l’électricité à zéro

L’essor des énergies renouvelables en Europe a fait naître un paradoxe: l’électricité devient parfois si abondante que son prix tombe à zéro, voire passe en dessous. Pour les ménages et pour le climat, c’est une bonne nouvelle. Pour l’économie des projets verts, c’est plus compliqué: des signaux de prix chamboulés peuvent freiner les investissements dont la transition a pourtant besoin.

Quand et pourquoi les prix deviennent négatifs

Les prix de l’électricité basculent en territoire négatif lorsque la production est très élevée au moment où la demande est faible. Cela survient typiquement les jours fériés, les week-ends ensoleillés ou venteux, ou encore en milieu de journée quand le solaire crête alors que l’activité baisse.
Dans ces situations, certains producteurs préfèrent proposer des prix négatifs pour écouler leur énergie plutôt que d’arrêter des installations et de supporter des coûts d’arrêt/redémarrage ou des pénalités d’équilibrage.

Important à noter: même si le prix de marché devient négatif, la facture finale des particuliers reste le plus souvent positive, car taxes et frais d’acheminement s’appliquent. En pratique, les consommateurs ne “sont pas payés pour consommer”, sauf cas particuliers avec des offres très spécifiques.

Des bénéfices réels… et des effets pervers

  • Côté positif: de l’électricité très bon marché, une baisse des émissions et un signal clair que les renouvelables progressent.
  • Côté moins rose: la chute des revenus quand les prix virent au négatif peut fragiliser les modèles économiques des producteurs. Cela réduit l’appétit pour lancer de nouvelles centrales solaires ou éoliennes, car la rentabilité devient plus incertaine. Plusieurs acteurs du secteur s’attendent à un déploiement ralenti si ces épisodes se multiplient.

Un phénomène qui s’intensifie

Ce qui était rarissime il y a encore quelques années se voit désormais bien plus souvent. Après des premiers épisodes observés en Allemagne à la fin des années 2000, l’Europe a connu en 2023 une multiplication spectaculaire des heures à prix négatif. La tendance s’est prolongée en 2024:

  • Des périodes prolongées sous zéro ont été relevées au Danemark après un mois de mai très ensoleillé.
  • En Allemagne, les producteurs solaires ont encaissé des prix négatifs récurrents en milieu de journée, compliquant la gestion du marché.
  • Le phénomène ne se limite pas à l’Europe: en Californie, où le solaire fournit une part importante de l’électricité, les prix sont aussi devenus négatifs en journée, signe d’énergie non valorisée et de délestages (curtailment).

Stockage et flexibilité: la pièce manquante

La meilleure réponse à ces déséquilibres est d’augmenter la flexibilité du système pour déplacer l’électricité des périodes de surplus vers les périodes de tension.

Des solutions éprouvées et émergentes

  • Stockage: batteries réseau, stations de pompage-turbinage, chaleur stockée (batteries thermiques), hydrogène pour les durées longues.
  • Flexibilité de la demande: effacement, tarifs dynamiques, pilotage d’appareils, recharge intelligente des véhicules électriques et, à terme, vehicle-to-grid.
  • Réseau et marché: renforcement des interconnexions, digitalisation, signaux locatifs plus fins, mécanismes de rémunération de capacité et contrats stabilisant les revenus.

Ces leviers réduisent le gaspillage et redonnent de la valeur à l’électricité produite au bon moment.

Le dilemme des investisseurs

Quand les prix deviennent souvent très bas ou négatifs, les recettes se compressent et la prévisibilité des flux diminue. Les développeurs hésitent alors à lancer de nouveaux projets sans garanties suffisantes: contrats à long terme mieux structurés, incitations au couplage production–stockage, ou cadres publics plus clairs. Des responsables politiques ont même alerté sur le risque que la baisse des prix de gros, si elle s’installe, ralentisse les investissements malgré le bénéfice immédiat pour les consommateurs.

Et maintenant ?

De nombreux experts estiment que cette phase pourrait durer encore plusieurs années, le temps que stockage, réseau et réformes de marché rattrapent l’essor fulgurant du solaire et de l’éolien.

  • Pour les ménages: déplacer une partie des usages vers les heures bon marché devient un réflexe utile.
  • Pour les producteurs: hybrider avec du stockage et soigner l’accès au réseau.
  • Pour les pouvoirs publics: accélérer la flexibilité et sécuriser les revenus afin de maintenir le rythme des nouveaux projets.
    En clair, il faut apprendre à gérer l’abondance: c’est une bonne nouvelle, à condition d’adapter rapidement les outils.

FAQ

Le prix peut-il devenir négatif sur ma facture personnelle ?

En général non. Même si le prix de marché passe sous zéro, les taxes, contributions et tarifs réseau maintiennent une facture positive. Quelques offres avec tarifs horaires peuvent toutefois créditer une petite partie de la consommation sur certaines plages.

Comment un foyer peut-il profiter de ces périodes bon marché ?

  • Programmer le chauffe-eau, le lave-linge ou la recharge du véhicule électrique en milieu de journée ou les jours très venteux/ensoleillés.
  • Choisir, si disponible, un contrat dynamique pour aligner sa consommation sur les prix réels.
  • Utiliser des prises et thermostats connectés pour automatiser ces décalages.

Quelles technologies de stockage sont les plus prometteuses ?

  • Pour quelques heures: batteries (souvent LFP) et pompage-turbinage.
  • Pour une demi-journée: batteries + stockage thermique (eau chaude, sels fondus).
  • Pour plusieurs jours: hydrogène ou air comprimé, encore en déploiement. L’important est de combiner plusieurs durées de stockage.

Pourquoi ne coupe-t-on pas simplement les centrales quand il y a trop d’électricité ?

Arrêter et redémarrer a un coût et peut être techniquement complexe. Il est parfois moins cher d’offrir l’électricité à prix négatif que de stopper une unité, surtout si elle est peu flexible. Le stockage et la flexibilité de la demande réduisent ce besoin de “brûler” les prix.

Est-ce seulement un problème du solaire et de l’éolien ?

Ce sont les plus concernés car leur production varie avec la météo. Mais toute source peu flexible (par exemple, certaines tranches thermiques ou nucléaires) peut accentuer le surplus à certains moments. L’interconnexion entre pays et la gestion fine du réseau aident à lisser ces effets.

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