Militaire

La NASA prévoit d’utiliser une technologie militaire pour tester la résistance des astronautes

La NASA prévoit d’utiliser une technologie militaire pour tester la résistance des astronautes

La NASA parie sur une imposante machine tournoyante de la Marine américaine pour préparer ses équipages à la confusion sensorielle du vol spatial. Surnommé le Kraken, cet appareil n’a rien d’une attraction de fête foraine: il sert à étudier, avec rigueur, ce que le vertige, la désorientation et le mal des transports font au corps et au cerveau — et comment y résister. Bonus non négligeable, ces enseignements pourraient aussi aider des patients souffrant de troubles de l’équilibre sur Terre.

Une machine conçue pour dérouter, pas pour divertir

Le Kraken impressionne d’abord par sa taille: environ 15 mètres de long pour près de 100 tonnes. Malgré ses dimensions, il est étonnamment agile. Monté sur six axes, il combine rotations et déplacements afin de reproduire des trajectoires complexes que l’on ne peut presque jamais recréer au sol. L’appareil peut enchaîner des mouvements saccadés, des bascules et des roulis qui rappellent un cycle d’essorage: l’objectif est de provoquer, puis d’analyser, une désorientation aussi réaliste que possible.

Cette liberté de mouvement permet de simuler des phases critiques du vol: transitions de gravité, manœuvres d’approche, atterrissages susceptibles de déclencher nausées et vertiges. Pour les équipes scientifiques, c’est un laboratoire en mouvement où l’on peut tester, répéter et affiner des scénarios extrêmes en toute sécurité.

Quand les repères s’effondrent: que vit un astronaute?

Dès que la gravité change, les capteurs internes du corps n’envoient plus des messages cohérents. Le système vestibulaire (logé dans l’oreille interne), la vision et la proprioception (la perception de la position du corps) entrent en conflit. Résultat: le cerveau peine à décider où se trouvent le haut et le bas. Plusieurs astronautes décrivent les premières minutes de vol comme un carrousel sans point de repère, le temps que le cerveau « recale » ses cartes internes.

Le Kraken reproduit volontairement cette cacophonie sensorielle. En contrôlant finement la vitesse, l’orientation et la séquence des mouvements, les chercheurs peuvent déclencher des illusions de mouvement, mesurer leurs effets et identifier les moments où la confusion est la plus forte — typiquement pendant les phases de transition, quand l’organisme passe d’une gravité à une autre.

Ce que cherchent les chercheurs: des stratégies qui marchent

Au-delà du « test d’endurance », l’objectif est d’écrire un mode d’emploi anti-mal des transports pour l’espace. Les équipes étudient notamment:

  • Des mouvements de tête et du regard qui aident à récupérer l’équilibre plus vite.
  • Des techniques de respiration et de focalisation visuelle pour apaiser les nausées.
  • Des enchaînements de manœuvres qui réduisent la charge vestibulaire au moment critique.
  • Des protocoles d’entraînement progressif capables d’augmenter la tolérance au mouvement.

Le tout est mesuré avec des capteurs (rythme cardiaque, trajectoires des yeux, échelles de nausée, performance cognitive) afin d’objectiver ce qui soulage vraiment et pour qui. Ces données guident l’aménagement des cabines, la planification des tâches juste après les transitions de gravité, et les consignes à donner aux astronautes pour qu’ils retrouvent rapidement leurs moyens.

Retombées terrestres: au-delà des vols habités

Ce travail n’intéresse pas que les voyageurs de l’orbite. Comprendre comment stabiliser un cerveau désorienté aide:

  • La rééducation vestibulaire de patients souffrant de troubles de l’équilibre.
  • Les pilotes, marins ou plongeurs confrontés à des environnements sensoriels trompeurs.
  • Les concepteurs de simulateurs et d’expériences VR/AR, où le décalage visuo-vestibulaire cause souvent des nausées.

Au final, ce qui est appris dans un contexte extrême peut améliorer des millions de trajets plus ordinaires.

L’envers moins glamour du voyage spatial

Même avec les meilleures stratégies, l’entraînement reste éprouvant. Se faire « brasser » pour apprivoiser la microgravité n’a rien d’un luxe futuriste; c’est un passage obligé pour voler sans être cloué par le mal des transports. Pour le grand public, l’idée de payer cher pour être essoré comme du linge peut refroidir. Pour la NASA, c’est le prix d’une sécurité accrue et d’équipages pleinement opérationnels dès les premières heures d’une mission.

En bref

  • Le Kraken est une plate-forme de mouvement à six axes de la Marine américaine, utilisée par la NASA.
  • Il sert à reproduire des transitions de gravité et des scénarios de vol difficiles à recréer au sol.
  • Le but: réduire nausée et vertige, améliorer l’efficacité en mission et transférer les méthodes vers la médecine et d’autres métiers.

FAQ

En quoi le Kraken diffère-t-il d’une centrifuge classique ?

Une centrifuge tourne surtout autour d’un seul axe pour générer des G constants. Le Kraken combine rotations et translations sur six axes, ce qui permet de simuler des tumbling complexes, des changements de repères et des séquences de vol réalistes, bien au-delà d’une simple accélération continue.

Combien de temps dure une séance type et comment est-elle encadrée ?

Les sessions sont généralement courtes et fractionnées, avec des pauses pour limiter la nausée et observer la récupération. Les participants sont suivis par une équipe médicale; on surveille le rythme cardiaque, les mouvements oculaires et les symptômes rapportés, et l’intensité augmente progressivement selon la tolérance de chacun.

Quelles mesures de sécurité sont prévues ?

Harnais et systèmes de retenue redondants, commandes d’arrêt d’urgence, protocoles de pré-dépistage (cardio, vestibulaire) et supervision médicale en temps réel. L’idée est de pousser la désorientation sans compromettre la sécurité.

À qui ces recherches profitent-elles en dehors des astronautes ?

Aux patients en rééducation vestibulaire, aux pilotes et opérateurs de véhicules dans des environnements perturbants, aux équipes de réalité virtuelle qui cherchent à réduire la « cybernausée », et aux concepteurs d’habitacles pour mieux positionner sièges, écrans et lignes de regard.

À quelles missions ces travaux se rattachent-ils ?

À la préparation de vols de longue durée, des missions lunaire et planétaire (comme celles du programme d’exploration actuel), où les transitions de gravité et les phases d’atterrissage exigent des équipages capables de rester performants malgré des repères sensoriels bouleversés.

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