Militaire

L’Europe intensifie sa course à la défense contre les missiles hypersoniques face à la Russie et la Chine.

L’Europe intensifie sa course à la défense contre les missiles hypersoniques face à la Russie et la Chine.

Un tournant décisif pour la défense hypersonique en Europe

L’Europe se rapproche d’une étape cruciale dans sa quête d’un bouclier autonome contre les missiles hypersoniques. Deux projets de défense rivaux se trouvent désormais à une intersection : soit ils fusionnent, soit ils doivent faire face à une concurrence acharnée pour leur survie.

D’après un rapport d’Euractiv, les pays de l’Union européenne (UE) ainsi que la Commission européenne envisagent de soutenir un seul programme d’interception hypersonique fabriqué en Europe. Cette décision devrait s’inscrire dans le programme de travail 2026 de la Commission, qui représente le principal instrument financier pour la recherche et le développement militaires conjoints au sein de l’UE.

La proposition officielle de financement devrait être publiée dans les jours à venir.

Course à l’intercepteur hypersonique

Jusqu’à présent, l’Europe a exploré deux initiatives parallèles visant à contrer les menaces hypersoniques, ces armes capables de voyager à plus de cinq fois la vitesse du son et d’effectuer des manœuvres difficiles à prédire, compliquant ainsi leur interception. Cependant, la taille limitée du marché européen complique la justification de fonds pour les deux projets en parallèle.

Le premier, dénommé HYDEF (European Hypersonic Defence Interceptor), a vu le jour en 2022 sous la direction du groupe Sener en Espagne, avec la société allemande Diehl Defence comme coordinateur technique. Ce système est conçu pour intercepter les missiles hypersoniques en plein vol et est censé jouer un rôle central dans l’avenir de la défense aérienne et antimissile d’Europe.

En revanche, le programme concurrent, nommé HYDIS (Hypersonic Defence Interceptor System), a été lancé un an plus tard sous la houlette de MBDA, un groupe impliqué dans la construction de missiles, dont les actions sont partagées entre Airbus, BAE Systems et Leonardo.

MBDA est le plus grand constructeur de missiles en Europe et fournit plusieurs systèmes de défense aérienne à des pays membres de l’OTAN.

Un choix décisif pour l’avenir

Le plan actuel de la Commission prévoit que seul un projet d’intercepteur recevra un soutien de l’UE à l’avenir, ce qui laisse les deux consortiums avec peu d’options. Deux scénarios s’offrent à eux : la fusion en un seul programme, ce qui nécessiterait des négociations délicates autour du leadership, du partage du travail et de la propriété intellectuelle ; ou la compétition directe pour les fonds, avec le risque qu’un seul en sorte vainqueur.

Cependant, même une éventuelle fusion ne garantirait pas la résolution des tensions, tant politiques qu’industrielles, comme l’a précisé un responsable à Euractiv. En effet, Diehl et MBDA pourraient tous deux vouloir prendre les rênes du développement d’une capacité aussi stratégique.

La menace russe et chinoise dans le contexte

Des rivalités similaires entre la France et l’Allemagne ont déjà compliqué d’autres programmes emblématiques de défense, comme le Future Combat Air System, une initiative de chasseurs de nouvelle génération dont le développement a été freiné par des querelles entre entreprises et gouvernements.

La Commission devrait donner un délais à l’industrie, probablement cet été, pour déterminer la voie à suivre. Les enjeux dépassent largement un simple programme d’armement. Les intercepteurs hypersoniques sont perçus comme un élément essentiel de la sécurité à long terme de l’Europe, surtout à une époque où la Russie et la Chine investissent massivement dans ces technologies, alors que les États-Unis renforcent également leurs propres défenses.

Les décisions prises à ce stade pourraient influencer le panorama de la défense antimissile européenne pour les décennies à venir.

La rivalité entre les deux projets s’est intensifiée au fil des ans. En 2022, la Commission avait surpris Bruxelles et Paris en attribuant un contrat de recherche sur les intercepteurs hypersoniques, d’une valeur d’environ 110 millions d’euros, à l’équipe Sener-Diehl plutôt qu’à MBDA, largement considérée comme la favorite. MBDA avait ensuite contesté cette décision sur le plan juridique, sollicitant un nouveau tour.

En 2023, la Commission a lancé le projet HYDIS, directement attribué à MBDA, dans le but de favoriser la concurrence et de réduire les risques technologiques via une approche de « double approvisionnement ». Cependant, cette logique pourrait maintenant céder le pas aux réalités budgétaires et stratégiques.

FAQ

Qu’est-ce qu’un missile hypersonique ?

Un missile hypersonique est un type d’armement capable de voler à une vitesse supérieure à Mach 5, soit plus de 6 174 km/h. Ces missiles peuvent manœuvrer, ce qui les rend difficiles à détecter et à intercepter.

Pourquoi l’Europe investit-elle dans les intercepteurs hypersoniques ?

Avec des nations comme la Russie et la Chine développant leurs propres capacités hypersoniques, l’Europe cherche à sécuriser son espace aérien et à renforcer sa défense contre les menaces émergentes.

Quels pays sont impliqués dans ces projets ?

Les principales nations impliquées dans les projets HYDEF et HYDIS incluent l’espagnole Sener, l’allemande Diehl Defence, et la compagnie franco-britannique MBDA, avec des partenaires tels qu’Airbus et BAE Systems.

Quelles sont les implications de cette bataille pour le financement ?

Le choix d’un seul projet pour bénéficier du financement de l’UE pourrait avoir des répercussions sur l’avenir industriel européen, influençant les technologies de défense et les collaborations entre pays membres de l’UE et l’OTAN.

Existe-t-il d’autres projets de défense hypersonique dans le monde ?

Oui, de nombreux pays, incluant les États-Unis, la Russie, et la Chine, investissent dans des programmes de développement d’armes hypersoniques, mettant en lumière la compétition mondiale dans ce domaine stratégique.

Quitter la version mobile