Intelligence Artificielle

Guillermo del Toro refuse l’IA : « Plutôt mourir »

Guillermo del Toro refuse l’IA : « Plutôt mourir »

Guillermo del Toro, cinéaste multi-récompensé, affiche une opposition ferme à l’intelligence artificielle. À l’occasion de sa nouvelle relecture de Frankenstein, il dit s’être inspiré de l’hubris de certains acteurs de la tech, qu’il voit comme pressés d’innover sans mesurer les conséquences. Pour lui, ce n’est pas l’IA qui l’inquiète le plus, mais la tendance humaine à la bêtise et à la précipitation.

Un refus net de l’IA, assumé et durable

Del Toro le répète sans détour: il ne souhaite ni utiliser, ni promouvoir l’IA générative dans son travail créatif. À ses yeux, l’outil ne l’aide ni à penser, ni à sentir, ni à raconter mieux. À plus de 60 ans, il revendique le droit de rester totalement en dehors de cette vague technologique. Lorsqu’on l’interroge sur sa « position » à ce sujet, sa réponse est volontairement tranchée: il préfère encore s’en passer à jamais plutôt que d’y recourir par facilité ou par mode. Pour lui, la création a besoin d’intention, de risque et d’engagement — des qualités qu’aucun algorithme ne remplace.

L’émotion avant tout

Del Toro estime que l’art qui compte est celui qui bouleverse, qui coûte quelque chose à faire comme à recevoir. Il considère que des images synthétiques « correctes » mais interchangeables — des sortes de beaux économiseurs d’écran — ne peuvent rivaliser avec une œuvre qui touche à l’expérience humaine, à la perte, à la mémoire et à la vulnérabilité.

Frankenstein, miroir de la tech contemporaine

Dans sa version de Frankenstein, le cinéaste rapproche l’orgueil de Victor de l’attitude de certains “tech bros”: une envie de créer toujours plus vite, sans pause, sans garde-fous, sans réfléchir aux conséquences pour le monde réel. Del Toro souhaite que le film rende perceptible ce aveuglement volontaire: inventer pour prouver qu’on peut, plutôt que pour répondre à un besoin humain. Il appelle à un temps de réflexion collective: se demander où l’on va, pourquoi, et ce qu’on est prêt à sacrifier en chemin.

Une défiance qui gagne des voix à Hollywood

Del Toro n’est pas isolé. À Hollywood, plusieurs figures majeures expriment des réticences semblables:

  • Des réalisateurs comme Steven Spielberg refusent que l’IA prenne des décisions créatives à leur place.
  • Du côté de l’édition et de la BD, DC Comics a fait savoir qu’elle ne soutiendrait pas de contenus générés à l’IA dans certains événements, soulignant un besoin de clarté et de déontologie.

Ce climat critique reflète une inquiétude plus vaste: la peur de voir la créativité humaine réduite à des ensembles de données à recombiner, au détriment de la singularité des artistes.

Un secteur en tension: usages, syndicats et tribunaux

Parallèlement, l’industrie explore de nouveaux formats: projets de longs métrages générés en partie par IA, apparition de “comédiennes” artificielles, outils d’optimisation de postproduction, etc. Mais cette accélération s’accompagne de fortes résistances:

  • Les syndicats d’interprètes veulent des garanties claires contre l’usage de leur image ou de leur voix pour l’entraînement de modèles sans consentement.
  • Des studios majeurs se lancent dans des actions judiciaires pour atteinte au droit d’auteur, mettant en cause l’entraînement de systèmes sur des œuvres protégées.
  • Le débat s’étend aux contrats, aux métadonnées, aux droits voisins et au partage de la valeur créée par ces nouvelles technologies.

Une bataille d’idées qui ne fait que commencer

Malgré l’engouement d’une partie de l’industrie pour l’IA, des artistes influents comme Guillermo del Toro ou Steven Spielberg défendent l’exigence d’une création humaine, accountable, consciente de son impact. La confrontation entre vitesse technologique et responsabilité artistique s’intensifie. Une chose est sûre: les voix qui défendent la dignité de la création ne se tairont pas, même à mesure que l’IA s’infiltre dans la chaîne de production.

FAQ

L’IA peut‑elle réellement remplacer un réalisateur ou un scénariste ?

Non. Elle peut générer des variantes rapides ou imiter des styles, mais elle ne possède ni intentionalité, ni conscience du contexte, ni véritable point de vue. La cohérence d’un film naît d’une vision, d’arbitrages et d’expériences humaines difficiles à simuler.

Comment les acteurs peuvent‑ils protéger leur image et leur voix ?

En négociant des clauses de consentement explicite, des limites d’usage, une rémunération en cas de réutilisation numérique, et en exigeant des métadonnées traçables. Les syndicats recommandent aussi l’archivage sécurisé des scans et enregistrements.

L’IA a-t-elle des usages vertueux dans le cinéma ?

Oui, si elle reste un outil: aide à la prévisualisation, nettoyage audio, restauration d’archives, accessibilité (doublage, sous-titrage), ou simulation technique. Le problème survient quand elle remplace la création ou exploite des œuvres sans droit.

Comment le public peut-il repérer des contenus générés par IA ?

Indices possibles: cohérence incertaine des détails, mains ou textes déformés sur les images, voix au timbre uniforme, incongruités de continuité. À terme, des labels et empreintes numériques devraient aider.

Que risque l’industrie si elle bascule trop vite vers l’IA ?

Une perte de confiance des talents et du public, une multiplication des litiges, et une standardisation des œuvres. À l’inverse, une intégration encadrée peut préserver la diversité créative et la valeur culturelle des films.

Quitter la version mobile