Une prise de pouvoir inévitable ?
De nombreux observateurs estiment que l’intelligence artificielle (IA) est sur le point de s’emparer de nombreuses professions actuellement occupées par des humains. Ce phénomène a déjà émergé dans plusieurs secteurs, et des experts anticipent un essor de l’automatisation intelligente au cours de la prochaine décennie. Kai-Fu Lee, ancien président de Google en Chine, avance même que cette « prise de pouvoir » par les machines intelligentes pourrait survenir plus tôt que prévu.
Lors d’une intervention sur l’émission de CNBC « Squawk Box » le 13 novembre, Lee a affirmé que la moitié des emplois humains seraient menacés par l’IA dans les dix ans à venir, ce qui constituerait une des périodes de disruption les plus rapides de l’histoire. Selon lui, l’IA s’attaquera à la fois aux emplois de cols bleus et de cols blancs. Lee, aujourd’hui PDG de Sinovation Ventures, a déclaré que les emplois d’origine manuelle ainsi que ceux s’appuyant sur des compétences intellectuelles seraient également touchés.
Lee soutient en outre que les premiers à subir cette transformation seront les travailleurs de bureau, une position contrastant avec les prévisions d’autres spécialistes. Il a expliqué que « les professions de bureau sont plus simples à automatiser car elles impliquent des processus purement analytiques et quantitatifs. Des métiers comme journalistes, traders, télévendeurs ou analystes pourraient être remplacés par des logiciels. » En comparaison, les métiers manuels nécessitent une coordination œil-main, un domaine où les machines n’ont pas encore atteint le niveau requis.
Dans un commentaire par courriel, Pierre Barreau, PDG de AIVA Technologies, a exprimé son accord avec Lee. « Les emplois manuels nécessitent des percées en matière de logiciels, mais aussi de matériel et de robotique pour être automatisés, tandis que beaucoup d’emplois de cols blancs ne demanderont probablement que des avancées logicielles. »
Une aide possible via le revenu de base inconditionnel (RBI)
Une autre idée fascinante partagée par Lee concerne le revenu de base inconditionnel (RBI) comme moyen de mitiger le chômage engendré par l’automatisation. Cependant, il met en garde que « les optimistes ont tendance à croire naïvement que le RBI sera le catalyseur permettant aux individus de se réinventer sur le plan professionnel. » Lee est d’avis que ce mécanisme pourrait compenser certains impacts, mais ne saura pas atténuer efficacement les conséquences dans des secteurs présentant une instabilité économique traditionnelle. À ce jour, les essais de RBI ont principalement montré leur efficacité à inciter les travailleurs à rechercher un emploi, mais cela, selon lui, ne suffira pas.
Nous devons revoir nos méthodes de formation et adapter notre approche afin que chacun puisse accéder à un emploi adapté.
L’éducation et la reconversion sont des solutions mises en avant par d’autres spécialistes, comme le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim. Ce dernier estime qu’il est crucial d’investir dans les individus en tant que réponse aux perturbations causées par l’automatisation. Barreau partage cette vision, affirmant que l’un des plus grands défis découlant de l’automatisation des emplois est d’assurer que notre système éducatif réponde à la demande pour de nouvelles professions.
Lee ne pense pas réellement que les emplois perdus en raison de l’IA seront remplacés par des postes techniques axés sur les robots. Il considère cela comme une idée plutôt naïve. En revanche, Ray Kurzweil, ingénieur en chef chez Google, soutient que ces emplois ne disparaîtront pas définitivement, mais qu’ils n’existent tout simplement pas encore.
Barreau, pour sa part, est convaincu que les professions vont évoluer. Comparant la situation d’aujourd’hui à celle des années 1980 où peu imaginaient que chaque foyer posséderait un ordinateur personnel, il avance que la solution pourrait ne pas être évidente à l’heure actuelle, mais qu’il est convaincu qu’elle finira par émerger.
FAQ
Quel impact l’intelligence artificielle aura-t-elle sur le marché du travail ?
L’intelligence artificielle risque de rendre obsolètes certains postes, principalement dans le secteur tertiaire, notamment ceux basés sur des tâches analytiques.
Qu’est-ce que le revenu de base inconditionnel (RBI) ?
Le RBI est un système où chaque individu reçoit un revenu régulier, sans condition, pour aider à atténuer les effets de l’automatisation et à soutenir ceux qui perdent leur emploi.
Peut-on réellement rééduquer la main-d’œuvre ?
Oui, plusieurs experts affirment que la rééducation est cruciale afin que les individus puissent s’adapter aux nouvelles réalités du marché du travail.
Les emplois seront-ils totalement remplacés par des machines ?
Il est peu probable que toutes les professions soient entièrement remplacées par des machines, mais certaines fonctions pourraient évoluer ou disparaître.
Quelles professions sont les plus menacées par l’IA ?
Les métiers dans les secteurs de la télévente, du reportage et de l’analyse de données sont considérés comme particulièrement vulnérables à l’automatisation.
