Énergie

Première mondiale : un réacteur à neutrons rapides pour alimenter les centres de données d’IA

Première mondiale : un réacteur à neutrons rapides pour alimenter les centres de données d’IA

Une nouvelle voie pour alimenter les data centers

La jeune pousse française Stellaria a obtenu auprès d’Equinix sa première réservation de puissance pour Stellarium, un réacteur nucléaire de nouvelle génération pensé pour fournir une énergie décarbonée, pilotable et autonome aux centres de données et aux sites industriels. L’objectif affiché: garantir une alimentation fiable pour les applications IA et soutenir la croissance numérique sans alourdir l’empreinte carbone.

Qui est Stellaria et que propose Stellarium ?

Créée en 2023, Stellaria est issue d’un essaimage du CEA et de Schneider Electric. La société développe Stellarium, un réacteur dit de quatrième génération, fonctionnant à neutrons rapides avec un combustible sous forme de sels fondus chlorés. Ce design privilégie un cycle du combustible fermé, visant la régénération et la réutilisation des matières, y compris une partie des déchets issus des centrales existantes.

Le projet avance avec une feuille de route claire: un premier démarrage de fission visé à l’horizon 2029, puis une mise en déploiement commercial à partir de 2035.

Un accord structurant avec Equinix

  • Précommande de 500 MW: Equinix a réservé une capacité sur des réacteurs Stellarium, dans le cadre d’une stratégie plus large d’exploration d’énergies alternatives pour ses data centers « AI-Ready ».
  • Calendrier: les premières unités sont prévues à partir de 2035, sous réserve des jalons réglementaires et industriels.
  • Bénéfices attendus: une énergie sans carbone, controllable et adaptable aux variations de charge, afin de permettre des opérations autonomes et la montée en puissance des services IA.

Pourquoi ce réacteur est différent

Un design compact et modulable

Stellarium mise sur un cœur liquide et une conception compacte – environ quatre mètres cubes pour l’unité de réaction – pour faciliter l’implantation sur site, y compris en souterrain. La compacité vise à simplifier l’intégration, réduire les infrastructures annexes et limiter l’empreinte au sol.

Des choix techniques éprouvés, innovations ciblées

Le réacteur s’appuie sur des principes déjà documentés dans l’industrie:

  • Refroidissement passif par convection naturelle, pour retirer la chaleur sans systèmes actifs complexes.
  • Quatre barrières physiques de confinement, soit une de plus que la plupart des réacteurs actuels, afin de renforcer la sûreté.
  • Fonctionnement à pression atmosphérique dans le circuit primaire, ce qui réduit les contraintes mécaniques et certains risques associés aux hautes pressions.
  • Capacité d’isogénération du combustible pour soutenir le cycle fermé et accroître l’autonomie.

Multi‑combustibles et cycle fermé

Le cœur peut accepter divers combustibles: uranium, plutonium, MOX, actinides mineurs et thorium. L’objectif: optimiser l’utilisation de la matière fissile, réduire le stock de déchets à vie longue et prolonger la durée d’exploitation. Le concept vise plus de 20 ans sans rechargement, en cohérence avec l’ambition d’une énergie continue pour des sites critiques.

Des performances taillées pour l’ère de l’IA

  • L’adaptation rapide à la charge est rendue possible par le cœur liquide, utile pour suivre les pics de calcul liés à l’IA.
  • La densité énergétique annoncée, des millions de fois supérieure à celle des batteries li‑ion, permet d’envisager un remplacement crédible des centrales charbon ou gaz pour des usages très intensifs.
  • À terme, une seule unité pourrait alimenter une grande ville (ordre de grandeur: environ 400 000 habitants), illustrant le potentiel pour la réindustrialisation et la sécurisation de l’approvisionnement.

Contexte énergétique: une demande en forte hausse

Selon l’AIE, la consommation électrique mondiale progresse d’environ 4 % par an jusqu’en 2027, portée par:

  • une électrification accélérée,
  • la multiplication des data centers et charges IA,
  • le rebond industriel.
    Cette pression pèse sur des réseaux vieillissants et oblige à trouver des sources d’énergie nouvelles, stables et faiblement carbonées. Les petits réacteurs avancés comme Stellarium se positionnent comme un complément aux renouvelables, notamment pour la puissance garantie et la flexibilité.

Financement et trajectoire

En juillet, l’entreprise a levé environ 23 M€ pour accélérer le développement. La stratégie consiste à limiter l’innovation au nécessaire, capitaliser sur des briques technologiques déjà mûres, et dérouler une montée en puissance jalonnée: premières réactions en 2029, déploiement en 2035, puis industrialisation selon les besoins des opérateurs d’infrastructures.

Sécurité, implantation et exploitation

Le choix d’une implantation souterraine, conjugué à un fonctionnement à pression atmosphérique et à plusieurs niveaux de confinement, vise à renforcer la sûreté et à simplifier l’urbanisme du site. Selon Stellaria, le réacteur est prévu pour fonctionner sans zone d’exclusion dédiée, grâce à ces caractéristiques. L’idée est d’obtenir des sites autonomes en énergie, décarbonés, et simples à opérer au quotidien.

Ce que cela change pour les data centers

  • Une énergie continue pour des charges de calcul variables.
  • Une réduction massive des émissions indirectes.
  • Une indépendance vis‑à‑vis des congestions réseau locales, tout en restant interconnectable au grid.
  • Un levier concret pour des SLA énergétiques élevés, même lors de pics IA.

En résumé

L’accord entre Stellaria et Equinix matérialise la rencontre entre un besoin pressant d’électricité pilotable et propre et une technologie nucléaire compacte, pensée pour les usages modernes. Si le cadre réglementaire, l’industrialisation et l’intégration réseau restent des étapes clés, cette approche pourrait devenir une brique majeure de l’alimentation des infrastructures numériques.

FAQ

Qu’est-ce qu’un réacteur à sels fondus à neutrons rapides, en termes simples ?

C’est un réacteur dont le combustible est dissous dans un sel fondu (liquide à haute température) et qui utilise des neutrons rapides pour fissionner la matière. Avantages recherchés: forte efficacité matière, cycle fermé plus facile à mettre en œuvre, pression plus faible dans le cœur, et potentiel de valorisation d’actinides à vie longue.

Comment un tel réacteur s’intègre-t-il à un data center existant ?

Il peut être installé à proximité ou sur le site lui‑même, avec une connexion directe aux systèmes électriques internes et, si nécessaire, au réseau public. La chaleur résiduelle est évacuée via des circuits de refroidissement dédiés; la puissance est ajustée pour suivre la charge TI (pics IA, périodes creuses), ce qui améliore l’efficience globale.

Quelles sont les grandes étapes réglementaires avant l’exploitation ?

En Europe, il faut passer par: licensing du design, évaluations de sûreté indépendantes, permis de construction, inspections en cours de chantier, puis autorisation de mise en service. Chaque pays a sa propre autorité (en France, l’ASN) et des exigences spécifiques sur la protection, l’environnement et la gestion du combustible.

Quels sont les principaux risques ou limites à anticiper ?

Trois points majeurs:

  • la maturité industrielle (chaîne d’approvisionnement, fabrication des sels, matériaux résistants à la corrosion),
  • le calendrier réglementaire (peut allonger les délais),
  • l’acceptabilité locale et la gestion thermique (besoin d’évacuer la chaleur vers l’air ou l’eau selon le site). Ces éléments se traitent par un design robuste, des démonstrateurs et une planification prudente.

En quoi cela se compare-t-il aux renouvelables et au stockage ?

Le nucléaire fournit une puissance garantie et pilotable en continu; les renouvelables offrent une énergie très bas carbone mais variable. Le stockage compense en partie cette variabilité sur des durées limitées. Ensemble, ces briques peuvent composer un système bas-carbone équilibré: renouvelables pour le volume, nucléaire pour l’assise et la stabilité, stockage pour la flexibilité fine.

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